dimanche 11 novembre 2018

Les Halictes de la scabieuse,des abeilles à la robe rayée, femelle et mâle.


Depuis deux ans j’observe en particulier les abeilles, les guêpes ou autres hyménoptères qui visitent le jardin.
J’arrive  très lentement à en identifier quelques –uns ! C’est dire si je suis  surprise par le nombre important d’espèces différentes qui se promènent sur les fleurs des plantes ou arbustes qui égaient notre espace. Il me reste encore bien du monde à identifier !
Après avoir présenté les petites Lasioglossum nigripes voici maintenant une cousine bien différente  et beaucoup plus grande de la vaste famille des Halictidae.

Halicte de la scabieuse femelle*

Il s’agit d’Halictus scabiosae.
Je rencontre les femelles tôt dans l’année , en mars, avril et hélas souvent dans la piscine.
Quand elles ne sont que bien mouillées, le sauvetage est efficace : nourries avec une fleur fraîchement cueillie( souvent du pissenlit qui pousse toute l’année) , un séchage sous une lampe et la butineuse peut reprendre du service.

Halicte de la scabieuse femelle devant la règle graduée!*

D’autant plus que cette femelle, est importante :c'est  elle  qui va  donner naissance à la génération estivale.
Elle a passé l’hiver à l’abri et reprend du service aux premiers beaux jours.

Halicte de la scabieuse femelle cette vue permet de bien voir les brosses de récolte du pollen de la patte arrière*

Passons à la présentation de la femelle d’Halictus scabiosae.
Je me sers d’une clé disponible sur le net , mais aussi d’infos extraites du Bellmann :guide des abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe.
Une observation des ailes donne  une première info :
·         3 cellules cubitales et une nervure basale courbe(voir la flèche sur la photo du dessous.)
 
Aile d'Halicte, les 3 cellules cubitales et la flèche qui indique bien la courbe de la nervure basale.*
Ensuite dans le cas d’une femelle on voit le dernier tergite très particulier : un sillon longitudinal très étroit, bordé sur les côtés de longs poils serrés.
Abdomen de L'Halicte de la scabieuse avec son dernier tergite particulier

·         Puis la cuticule du corps n’a pas de reflets métalliques, on reste dans le sous-genre des Halictus.En particulier la cuticule noire du tibia et du basitarse des pattes arrières noire permet de distinguer H.sacbiosae de H. rubicundus, une autre des grandes Halictes qui visite le jardin.

Halictus scabiosae femelle chargée de pollen sur Picris

C’est une abeille de grande taille(voir la photo plus haut, elle atteint 15mm), les bandes pileuses que l’on voit sur les tergites sont bien ochracées et entières ce qui nous amène à Halictus Scabiosae.
Situées à la partie apicale des tergites elles paraissent larges à cause de la zone feutrée que l'on voit en haut des tergites(ce qui lui a aussi donné parfois le nom d'Halicte zébrée)

Halictus scabiosae chargée de pollen blanc sur fleur de laitue

Pour voir un mâle il faudra attendre l’été. Ils sont issues de la génération préparée par les femelles ayant hivernées. Ils sont  plus facilement reconnaissables.

Halictus scabiosae mâle sur fenouil, longiligne aux antennes courbées au bout

Leurs longues antennes au bout recourbé et leur abdomen longiligne avec les bandes ochracées les rendent facilement identifiables.Je les vois à partir de la mi-juillet, d'abord sur les lavandes où jour après jour ils viennent se nourrir en plongeant la tâte dans les petites fleurs.

Halictus scabiosae mâle plongeant sa langue dans la fleur de lavande

Ils se nourrissent sur des fleurs plus variées que les femelles qui collectent le pollen. Elles recherchent les astéracées(souvent des fleurs jaunes du style pissenlit, ). Les mâles recherchent le nectar .
Halictus scabiosae mâle  sur les petites fleurs de la menthe

Les voici sur des fleurs de lavande, de menthe et de fenouil ci- dessus.

Halictus scabiosae mâle  sur les  fleurs d'eupatoire chanvrine


Et  aussi d'eupatoire chanvrine, toutes ces petites fleurs leur apportant le nectar nécessaire à leur courte vie. 

 
Halictus scabiosae mâle  au cœur de la fleur de tournesol
Et pour finir une dernière image d'une belle femelle sur une fleur de catananche bleue dont le pollen jaune collée en abondance sur les pattes arrière servira de nourriture à la larve de l'abeille.Même alourdie par cette importante quantité de pollen elle s'envole rapidement.
Femelle Halictus scabiosae sur la fleur de catananche bleue
Cette abeille se rencontre dans toute l'Europe, elle est visible pour la femelle du printemps au début de l'automne ,pour  les mâles la seconde partie de l'été. Elles font leur nid dans le sol et sont de très utiles pollinisatrices en visitant principalement les astéracées mais aussi les rosacées dont les arbres fruitiers font pour beaucoup partie. Elles se contentent bien souvent des fleurs qui poussent spontanément .


* image grossie 2 fois

dimanche 4 novembre 2018

Ancistrocerus nogricornis, une guêpe un peu maçonne (femelle et mâle)


C’est une observation faite sur ma terrasse par une belle après-midi de mai qui est à l’origine de ce texte.Je vois une petite guêpe, jaune et noire qui entre dans une tige de cardère placée dans un pot sur ma terrasse dans un endroit où nous passons tout le temps.
Ancistrocerus nigricornis femelle sur une tige de cardère support de son nid

 Je garde dans un pot des tiges de bambous, de cardères, qui peuvent me servir de mini tuteurs pour mes boutures ou au besoin pour en faire des tubes que je place deci -delà  pour servir de logement à qui en voudra.
 J’ai observé le  manège  de cette guêpe pendant environ 45 minutes.

Ancistrocerus nigricornis femelle apportant une boule de mortier, dur dur la grimpette!

La guêpe, Ancistrocerus nigricornis, a choisi une tige de cardère dont elle a ôté une partie de la moelle. Je ne serais témoin que de la phase terminale de son travail de reproductrice. Je la verrai pénétrer dans la tige et en ressortir au bout de 5minutes. Puis je la vois apporter des boules de mortier  bien coincée entre ses mandibules. C’est ce mortier qui sert à boucher le tube.
C’est à partir de là que débute mon enquête.

Ancistrocerus nigricornis femelle apportant une boule de mortier pour boucher la cellule contenant sa ponte

D’abord qui est-elle ?
Ensuite que faisait-elle ?
Identification
Je n’ai pas de photos de très près ne voulant pas la gêner dans son travail.
L’ayant vu importer de la boue je m’oriente vers les guêpes maçonnes.
Dans la famille des Eumenes, je retiens le genre Odynerus par élimination des autres ( voir Berland Faune de France 19).
Dans le tableau des sous genres je retiens  ceci :

  • 1er tergite abdominal sans sillon longitudinal: corps plutôt ramassé (fig. 39); antenne du mâle formant un crochet à l'extrémité (fig. 40).
Cela me conduit  vers Ancistrocerus

Puis voici un critère pour les femelles:

  • Deuxième sternite abdominal d'abord horizontal, puis s'abaissant brusquement sur l'articulation avec le premier, formant ainsi un angle droit très net, le bord antérieur du sternite parfois même un peu saillant (fig. 43)


Et maintenant sur cette photo on voit bien cela !

Ancistrocerus nigricornis femelle avec le détail du sternite 2 caractéristique


Cela conduit à Ancistrocerus callosus , mais callosus est devenu nigricornis

J'ai ensuite cherché d'autres sources pour compléter mon identification.
Dans une clé en allemand j’ai trouvé ceci :

  • Facile à reconnaître grâce à l’angle formé par le sternite 2 et aux bandes jaunes sur les tergites(5 pour la femelle, 6 pour le mâle).

Ancistrocerus nigricornis femelle vue dorsale


  • Et le scape de l’antenne jaune par en-dessous que l'on voit bien sur certaines photos.
Après avoir identifié la femelle, j’ai recherché dans mes photos si le mâle n’était pas dans les parages.
Et je pense l’avoir trouvé butinant sur les fleurs du fenouil très très fréquentées!
 Voici monsieur.

Ancistrocerus nigricornis mâle sur fleurs de fenouil

Il se distingue d’abord par 7 segments abdominaux(6 pour la femelle) et des antennes différentes, ici,  terminées par un crochet !

Ancistrocerus nigricornis mâle  avec le crochet caractéristique de ses antennes

 Quelques infos sur ses moeurs.

Ces guêpes  sont très communes en France et en Europe.
Elles comptent deux générations par an , la première composée aux printemps de femelles qui auront passé l’hiver puis sortent tôt au printemps. Et ensuite d’une génération estivale, ce sont ces guêpes  que j'ai vues dans le jardin. 
Ancistrocerus nigricornis mâle  détail de la tête

Les mâles que j’ai trouvés étaient majoritairement sur les fleurs de fenouil.
Les femelles pondent leurs œufs dans des tiges creuses comme chez moi, mais aussi dans d’autres trous comme ceux laissés par des larves de coléoptères dans le bois mort.
Ancistrocerus nigricornis mâle , vue de face

Elle y font une ou plusieurs cellules approvisionnées de chenilles et fermées par un mortier.Les chenilles sont celles de Lépidoptères.Il y a une ou plusieurs cellules séparées et ensuite bouchées par ce mortier.
Les femelles adultes hivernent et peuvent parfois sortir par certains journées ensoleillées en hiver
Ici un site en allemand avec photos et explications.

Il fallait que je sois intriguée par cette activité particulière de la guêpe pour que je cherche à mieux la connaitre et surtout la reconnaître parmi les nombreuses guêpes qui se promènent dans le jardin.
On peut encore une fois observer que cette guêpe, totalement inoffensive pour nous, joue un rôle régulateur dans la petite faune qui nous entoure.

samedi 27 octobre 2018

L'émergence des mâles Lasioglossum nigripes



Suite de l'article précédent intitulé :la vie d'une bourgade d'abeilles solitaires , les Halictes

Le matin du 15 août, tout a changé:  dans les trous j’ai  vu d’autres têtes sortir le nez.Des têtes plus étroites avec des antennes plus longues !!Les mâles émergeaient ! 
Lasioglossum nigripes mâle frais émergé

Il y en avait beaucoup, l’un sortant du trou, poussé par le suivant. Certains plus prudents que d’autres faisaient marche arrière quand je regardais, d’autres attendaient que je regarde ailleurs pour sortir, jeter un œil rapide et s’envoler !!
Puis dans une deuxième phase, j’ai vu des mâles revenir, rentrer dans un trou, puis quelques instants plus tard en ressortir et illico rentrer dans une entrée voisine.
Lasioglossum nigripes mâle premier  un regard sur le monde extérieur 

J’ai aussi vu deux mâles s’empoigner et se rouler dans le sable.
Puis une femelle sortir d’un trou suivi d’un mâle tous deux faisant un brin de toilette.
Lasioglossum nigripes mâle et femelle

Encore plus tard un mâle attraper une femelle et ne pas la lâcher jusqu’à ce qu’ils roulent dans la boite que j’avais placée à l’aplomb du mur !
Vous avez compris : la nouvelle génération pense au futur ! Il s’agit d’assurer la pérennité de l’espèce !!
Le couple qui avait roulé dans ma boite me permet de les photographier  en gros plan et surtout de rechercher les détails qui permettent une identification quasi certaine.
Lasioglossum nigripes mâle 

On note des différences importantes entre mâle et femelle. Voyant du rouge sur l’abdomen du mâle, j’ai été très contente, pensant à tort arriver facilement à mettre un nom sur l’espèce ! Hélas non, chez les Evylaeus il existe plusieurs mâle à abdomen rouge (Lasioglossum (Evylaeus) calceatum, Lasioglossum (Evylaeus) albipes).

Lasioglossum nigripes femelle( noter la présence d'acariens sur le thorax)

L’observation des femelles avec le dernier tergite fendu m’avait orienté vers les Halictes.
L’absence de pubescence feutrée  au bords des tergites indique les Lasioglossum. C’est ensuite que cela se complique. Je vais m’orienter vers le sous groupe des Evylaeus.
Il me faudra observer plus en détail le mâle qui présente un labre et des  mandibule noires.
Lasioglossum nigripes mâle, labre et antenne à observer



Détails que l'on voit mieux sur la photo suivante.

Lasioglossum nigripes mâle, détails de la tête

Le 3eme article de l'antenne plus court que les suivants est aussi un critère relévé par le document* qui me sert de clé.
Les pattes noires amènent aussi vers L. nigripes qui porte alors bien son nom.

Mais un autre détail difficile à voir me confortera dans mon idée: de fines rayures se trouvent sur la partie déclive du tergite 1 visibles sur les photos ci-dessous.

Détail du premier tergite montrant les fines rayures caractéristiques de l'espèce L. nigripes
Et encore davantage en grossissant  plus .

Fines rayures de la partie déclive du  1er tergite
Il s'agit bien d'une colonie de Lasioglossum nigripes qui s'est développée dans ce petit morceau de jardin.

Il me reste cependant de nombreuses interrogations après cette détermination.
Je vois de nombreux mâles à tout moment de la journée autour des trous de sortie. Est-ce qu'ils se nourrissent?
Lasioglossum nigripes mâle se nourrissant sur une fleur de fenouil

La réponse se trouve sur des images de l'année précédente. Nos mâles font le plein d'énergie sur les fleurs riches en nectar comme celles du fenouil!

Lasioglossum nigripes mâle détail de la langue

Que deviennent les femelles fécondées issues de la seconde génération? 
Ce sont les futures reines fondatrices d'une nouvelle génération au printemps prochain. En attendant elles passent l'hiver dans leur nid.
Progressivement les entrées ont été abandonnées, elles sont restées ouvertes quelques temps puis se sont bouchées et je ne vois plus aucune activité sur la zone depuis un bon mois, de temps en temps quelques grains de sable semblent rouler .
Je dois avouer que c'est avec un petit pincement au coeur que j'ai vu ces actives butineuses peu à peu disparaître de la zone. J'espère qu'elles passeront un bon hiver pour être prêtes au printemps à virevolter sur nos fleurs!

* Pour identifier ces belles abeilles je me suis servie de Clés illustrées pour l'identification des abeilles de Belgique et des régions limitrophes Halictidae, Alain Pauly
Pour en savoir davantage sur la vie en société de certaines Halictes, un extrait de : La Biologie des abeilles primitives / par C. Plateaux-Quénu, 1972

lundi 22 octobre 2018

La vie d'une bourgade d'abeilles solitaires, des Halictes.


Début juillet j’ai trouvé à la limite de mon jardin , une bourgade !
Oh non pas un joli village comme nous en avons tant ici et là dans notre beau pays !
Il s’agit d’un regroupement d’abeilles solitaires qui ont choisi ce bout de terrain de 30 cm sur 20 cm pour y creuser leurs nids dans le sol. Cette bourgade comprend au plus fort de son activité(début août) une trentaine d’entrées.

Vue de la bourgade, les butineuses rentrent couvertes de pollen.On peut en compter une douzaine.

J’ai observé la vie de cette bourgade pendant plus de 2 mois. Mais cela ne donne pas d’images spectaculaires. Je me suis familiarisée avec le rythme des abeilles  en les regardant plusieurs fois par jour, il faut dire que le spectacle se déroulait à 10 pas de ma cuisine ! Il me faudra attendre le milieu du mois d’août pour être sûre de l’identité des butineuses, c’est-à-dire à l’émergence des mâles .
Vue rapprochée de 3 abeilles revenant au nid

Je vais essayer de vous faire partager cette observation qui constitue à mes yeux la plus intéressante de cet été 2018.
Chaque entrée correspond en principe à un nid. Mais selon des espèces il peut y avoir une entrée commune et ensuite plusieurs appartements ; chacun d’eux appartenant à une abeille particulière.
Que se passe-t-il dans ces nids. Une femelle arrive chargée de pollen, elle se glisse dans le trou d’entrée et ce qui se passe ensuite est à imaginer. Heureusement certains observateurs  peuvent expliquer la suite. L’abeille a creusé des alvéoles dans lesquelles elle va mettre sa boulette de pollen et ensuite y pondre un œuf. L’alvéole est ensuite refermée. Pour avoir vu travailler des Osmies par exemple, il faut plusieurs voyages pour fabriquer la boulette de pollen nécessaire à la future larve.
Une femelle couverte de grains de pollen, la rendant difficile à identifier

J’ai vu pendant plus d’un mois, uniquement des femelles bien couvertes de pollen, jaune pour la plupart rentrer prestement dans l’ouverture visible en surface. Je n’en ai vu, qu’une seule chargée de pollen blanc. Les Halictes sont souvent polylectiques, elles butinent diverses familles de fleurs.
La voici toute propre et avec le dernier tergite fendu qui permet de dire qu'il s'agit d'une femelle de la grande famille des Halictes

Au cours de mes observations j’ai fini par remarquer la présence de gardiennes.. Je voyais en permanence des antennes  pointées à l’entrée de l’ouverture. Quand une butineuse arrivait, cette gardienne redescendait dans le couloir pour laisser passer l’arrivante.
Les "surveillantes " à leur poste

En relisant Fabre, j’ai découvert leur rôle. Il s’agit de vieilles femelles qui surveillent l’entrée pour défendre le nid contre les abeilles coucous ! Vous savez ces abeilles (ou ces oiseaux) trop feignasses pour récolter de la nourriture pour leur descendance et qui profitent du travail d’une autre pour pondre leur œuf en douce quand la travailleuse est partie par exemple. La gardienne ne cède le passage qu’à la propriétaire légitime du nid ! Elles m’ont semblé très efficaces ces gardiennes, quand je pointais le nez au-dessus de leur entrée , elles se reculaient dans le couloir descendant , mais remontaient vite à leur poste de vigie.
Une bourgade active: 1 entrée ouverte, 2 femelle revenant au nid, 3 gardienne à son poste.

Quand la chaleur montait vers 12, 13 heures, la plupart des accès étaient bouché avec du sable, comme si rien ne s’était passé. J’avais remarqué que vers ces heures, nombre de fleurs jaunes avaient refermé leur corolle et je pense que c’était cela qui imposait le repos à ces vaillantes travailleuses.
En ressortant du nid, la femelle est débarrassée de l'essentiel du pollen

Le lendemain vers 6h 30, beaucoup de trous étaient à nouveau ouvert et l’activité reprenait.

Bien des jours ont passé à ce rythme.
La suite de cette histoire fera l'objet d'un second billet!

mercredi 17 octobre 2018

Hyménoptère Tetrastichinae parasitoïde de la coccinelle du melon Henosepilachna elaterii.


Voici le second volet de l’histoire des coccinelles du melon (Henosepilachna elaterii), présentée dans le billet précédent.
18 août
En photographiant une larve, j’ai essayé de bien voir les scoli (scolus au singulier) qui en rangées régulières couvrent son corps.
Larve de coccinelle du melon avec une guêpe parasite*.

Et surprise, à travers l’objectif au grossissement 3 fois, je vois un minuscule insecte ailé.
En cherchant à mieux voir je découvre celui-ci plantant son oviscape dans le tégument de la larve.
La guêpe perdue au milieu des scoli  dressés de la larve*

Un hyménoptère minuscule, 3 mm maxi, reste sur la larve même quand je bouge l’insecte dans l’espoir d’améliorer mon image.
Un seul sujet,un parasite, est présent. Plus tard je pourrais le qualifier de parasitoïde puisqu sa ponte va se développer en tuant son hôte.
On peut imaginer que ces excroissances que sont les scoli servent à empêcher  ou gêner les parasites d'atteindre le corps de la larve. Ici, la petitesse du parasite lui permet de se glisser entre elles.

19 août
La larve de coccinelle ne modifie apparemment son comportement, bien qu’étant moins véloce que ses congénères. 
Larve de coccinelle du melon dressée permettant de  bien voir sa tête.

J’en fait une photo où elle est dressée sur sa feuille lui donnant une allure d’hérisson miniature.

20 août
La nymphose s’opère.

4 septembre
De la nymphe émergent 5 ou 6  hyménoptères qu’il me faut identifier.
Ce sont des Chalcidiens, un vaste ensemble de familles qui comprennent de nombreuses familles, dont les Eulophidae qui parasitent lépidoptères, coléoptères , diptères.

Une mise au point difficile sur l'oviscape ou la tarière enfoncée dans la larve de la coccinelle*.

Les Eulophidae comptent 4 articles aux tarses, 3 segments au funicule des antennes et présentent un aspect métallique bien brillant.

En cherchant qui parasite les coccinelles du melon on arrive à deux genres : Tetrastichus et Quadrastichus . Ils appartiennent à la sous famille des Tetrastichinae.
La minuscule guêpe dans le maquis des excroissances  sur la dos de la larve de coccinelle*

Les Tetrastichinae ont 2 sillons parallèles sur le scutellum.
Chercher à aller plus loin dans la détermination est affaire de vrais spécialistes au regard de la taille des insectes et du nombre important d’espèces !
Ce qu'il reste de la nymphe après l'émergence de la nouvelle génération de guêpe parasitoïde. On voit bien certains trous de sortie.

Certains Tetrastichus ont été utilisé comme arme biologique pour lutter contre des coléoptères  ravageurs des céréales.
Guêpe parasitoïde de la famille des Tetrastichinae, avec ses sillons parallèles sur le scutellum(flèche)*

Ces minuscules hyménoptères servent dans la nature de régulateur de coléoptères potentiellement nuisibles à nos cultures.

Guêpe parasitoïde de la famille des Tetrastichinae, 4 articles aux tarses.*

C’est en résumé ce qui est arrivé cette année sur mes cultures de melons ( 2 pieds qui ont produits quelques  délicieux melons! ) : le ravageur la coccinelle, est arrivée, suivi en même temps par le petit hyménoptère qui en limite la prolifération sans que j’ai interféré .
Merveilleuse nature!

*images grossies entre 3 et 5 fois.

dimanche 16 septembre 2018

Henosepilachna elaterii, une coccinelle phytophage.


J’ai eu cet été la surprise de voir une très jolie coccinelle se promener sur mes feuilles de melon..
Je ne l’avais jamais vue dans le jardin bien que je plante des melons depuis plusieurs années.
Henosepilachna elaterii, coccinelle du melon

Vite identifiée grâce au web, c’est assez facile avec allure!
Ce que j’en ai ensuite appris m’a moins enchanté ! Henosepilachna elaterii, (ou coccinelle du melon , coccinelle du melon d’Afrique, coccinelle des cucurbitacées) est phytophage !
Henosepilachna elaterii, 12 points noirs entourés d'un halo orangé

Et oui, toutes les coccinelles ne mangent pas les pucerons ou les cochenilles ou les champignons qui embêtent le jardinier !!
Celle-ci grignote les feuilles des melons mais comme je m’en rendrai  compte un peu plus tard celles des courges aussi!
Voici un lien vers un pdf qui présente ces coccinelles phytophages


Feuille de melon grignotée

Commençons par décrire  cette mangeuse de feuilles, d'ailleurs plus grignoteuse que mangeuse.
Une jolie couleur rouge, recouverte d’une courte pubescence dorée.
De grosses taches noires, douze, bien visibles, les 4 premières bien alignées. Ensuite les autres .
Henosepilachna elaterii, un couple

 Ces taches sont entourées d’un halo jaune orange. Les exemplaires de mon jardin on les huit autres taches soudées par deux et bien collées ensemble à l’apex des élytres.C'est une des variabilité de l'espèce, la plupart ont les taches bien espacées.
Henosepilachna elaterii, détail de la tête.

Les yeux sont plus écartés que la base des antennes.
Les adultes et les larves mâchouillent la partie supérieure des feuilles(le limbe) sans les perforer laissant une dentelle qui se dessèche et nuit à la plante. C’est ainsi que j’ai repéré leur présence.
Henosepilachna elaterii,toujours en couple!

Les larves sont d’un très beau jaune, bien visibles sur la végétation !
Henosepilachna elaterii,larve au stade 3, il lui reste encore une mue, puis la pupe et enfin elle deviendra adulte.

Ce détail de la tête permet de voir une des caractéristiques des coccinelles phytophages : des mandibules multidentées.
Henosepilachna elaterii,larve, détail de ses mandibules de phytophage.



Après le dernier stade larvaire , voici la pupe à l’intérieur de laquelle la future coccinelle opère sa métamorphose.
Henosepilachna elaterii,pupe, l'exuvie de la larve repoussée en arrière.


Au bout de 10 à 12 jours une toute nouvelle Henosepilachna elaterii en sort, les couleurs ne sont pas encore bien fixées, cela durera encore 5 à 6 heures pour bien voir les halos qui entourent les grosses taches noires.
Henosepilachna elaterii,imago nouveau -né, aux couleurs moins intenses!

Cette coccinelle présente 2 à 3 générations par an. Chez nous début septembre c’est celle qui passera l’hiver . Elle a encore de quoi se nourrir sur les feuilles des courges avant de trouver un abri pour y passer la mauvaise saison.
Elle est répandue sur tout le pourtour méditerranéen et peut occasionner des dégâts sur certaines cultures quand elles sont en nombre.

Mais dans un second billet je vous raconterai que la nature a une solution pour en limiter la prolifération.