dimanche 31 mars 2019

Una abeille coucou : Nomada succincta, un mâle


Dans le monde des hyménoptères , nous connaissons tous les abeilles mellifères, des butineuses infatigables, moins bien les abeilles solitaires qui nous rendent de grands services en assurant la pollinisation de  nos fruits, les guêpes dont nous nous méfions car leur dard laisse parfois de mauvais souvenirs, voici l’occasion de vous présenter une autre catégorie : les abeilles-coucou.

Vous avez bien lu, il existe comme dans le monde des oiseaux, des abeilles, qui profitent du travail d’honnêtes travailleuses pour installer leur œuf dans leur nid et se décharger ainsi de tout le travail de collecte de pollen pour nourrir la future larve.

Nomada succincta, mâle, tout en jaune et noir

J’ai trouvé ce mâle sur la piscine et il m’a donné bien du fil à retordre pour lui trouver son identité.
Il ressemble à bien des guêpes tout en jaune et noir. Cela  a son importance car dans la famille des abeilles –coucou , on trouve souvent du rouge soit sur les antennes ou l’abdomen..

Nomada succincta, mâle, détail des antennes avec des taches noires sur le dessus des 5 derniers articles

Pour distinguer les mâles des femelles, la règle est la même que pour beaucoup d’autres : antenne de 13 articles et abdomen avec 7 tergites pour reconnaître un mâle. Je me suis aidée ensuite d’un document permettant de trouver les grandes grandes familles des Apidées.

Nomada succincta, mâle, détail des ailes qui permettent de le rattacher aux Nomada

C’est la forme des cellules cubitales qui m’a aidée:
-Cellules cubitales 2 et 3 presque de même taille
-Cellule cubitale 3 plus petite que la première

Identifier ensuite mon individu s’est fait grâce à une revue disponible sur le net :l’Argiope numéro 54-55.
La revue décrit avec beaucoup de détails 28  Nomada du département de la Manche.
Nomada succincta, mâle, détail des pattes avec le trait noir sur le tibia postérieur 

J’ai eu la chance de trouver mon sujet.
Voici ce qui permet de reconnaître Nomada succincta :
  •           Les couleurs : du jaune et du noir uniquement avec un peu d'orange sur les antennes
  •           Les 5 derniers articles  des antennes avec du noir sur le dessus
  •           La coloration des pattes : fémur 1 jaune sur le dessus, fémur 3 en grande partie noir sur le dessus, tibia 3 avec une tache noire au côté interne.

-        

Nomada succincta, mâle, vue de face, le dessous des antennes est orange

-          Les yeux sont tachetés, le clypeus est entièrement jaune et de larges marques jaunes se voient le long des yeux.
         Sa période de vol s’étend d’avril à août, chez moi je l’ai vu le 25 mars.

Mais les abeilles "coucous "sont beaucoup plus nombreuses.(plus de 90 espèces et on en découvre de nouvelles)
Dans la revue citée,  les auteurs expliquent le fonctionnement de ce parasitisme.
Ce que je retiens c’est le rôle si important des antennes pour les insectes, antennes  qui transmettent beaucoup d’informations à d'autres par l’intermédiaire de leurs phéromones, mais aussi qui captent des nombreuses infos issues de leur environnement.Les antennes servent à l’abeille-coucou à vérifier si la propriétaire du nid est présente ou non lors de ses recherches pour trouver une cellule préparée celle-ci.

Détail du peigne sur les pattes antérieures de Nomada succincta

En sortant l’insecte de l’eau (puisque lui aussi se noyait sur la piscine), le premier soin qu’il se prodigue, porte  sur ses antennes.La photo du dessous montre  ce peigne sur la première paire de pattes qui sert à  les nettoyer méticuleusement .
Détail de la tête de Nomada succincta

Les Nomada parasitent des nids d’Andrenes.
Nomada succincta parasite en particulier Andrena  nigroaenea que je pense avoir vue dans le jardin.
Le printemps réveille tout ce petit monde, à nous d'ouvrir l’œil! 

mercredi 20 mars 2019

Carcharodus alceae, Hespérie de l’alcée, La Grisette : chenille et imago


Nous avons différentes "mauves" dans le jardin. La mauve sylvestre est la plus récente mais la lavatère ponctuée est très présente depuis de nombreuses années, ainsi que la mauve en arbre.
Il n'est donc pas étonnant d'y trouver et la chenille et le papillon liés à cette famille.. 
La chenille
De couleur grise, je l’ai remarquée à cause de sa grosse tête bien noire et de son joli collier jaune.
On retrouve ce jaune , un peu moins marqué autour des stigmates.

Carcharodus alcaea , chenille, sur son lit de soie

J’ai trouvé la chenille sur des feuilles de mauve sylvestre.
Pour se protéger , elle tisse un filet de soie, très lâche qui ne la cache pas entièrement.Ci-dessous une chenille qui vient de muer: on voit encore l'enveloppe  et la capsule céphalique du stade précédent de la chenille.

Carcharodus alcaea , chenille après mue dans son filet de soie

Elle est répandue partout chez nous et en Europe, jusqu'au 50 degré de latitude nord..

 Reste du filet de protection de la chenille

Le papillon.
Il n’est pas remarquable par ses couleurs.Sur l'aile antérieure des marques blanches , où il n'y a ni écailles ni poils.

Carcharodus alcaea, imago tout neuf!

Comme toutes les Hespéries, il a un corps trapu et une grosse tête,de gros yeux et des antennes bien espacées complètent le portrait.

Carcharodus alcaea, détail des écailles et des poils de l'aile

La couleur du gris au brun roux; sur la photo du dessus on voit que les ailes sont recouvertes de poils longs plus clairs et en -dessous les écailles plus colorées.

Carcharodus alcaea, vue du verso de l'aile

Les bords de l’aile postérieure sont intacts, ils sont ainsi à l’émergence. ce découpage explique le nom du papillon qui signifie "avec des dents".Le dessous  des ailes est plus clair .

Carcharodus alcaea,gros yeux sur grosse tête
Les gros yeux placés latéralement sur la tête, et les antennes insérées à proximité et bien écartées caractérisent la famille.

Carcharodus alcaea, butinant sur lavande.
Il existe plusieurs générations par an(3 ou 4), c'est en juin -juillet que j'ai vu mes sujets. C'est la lavande ici qui sert à nourrir le papillon adulte alors que les chenilles préfèrent les malvacées.
Mais on peut les voir à partir du mois d'avril! 
C'est bientôt le moment d'ouvrir l’œil!
Observation du 22 mars 2019: j'ai vu mon premier sujet aujourd'hui dans le jardin!



mardi 12 mars 2019

Le petit nacré, Issoria lathonia, un papillon qui aime les violettes


Avec le beau temps quasi continu que nous avons ces dernières semaines, les papillons reprennent leur vol pour certains comme le Citron et le Vulcain, d’autres naissent comme le Moro Sphinx ou diverses Piérides, ainsi que le Tircis.

Petit nacré, Issoria lathonia,  femelle se chauffant au soleil

Et voici qu’hier j’en aperçois un que je n’avais jamais vu dans le jardin, bien qu’il soit commun et déjà rencontré en d’autres lieux !
Le Petit nacré ,Issoria lathonia se rencontre de mars à octobre en 3 générations successives, il se rencontre dans toute l’Europe et migre jusqu’en Angleterre  ou le Nord de la France au printemps.
Petit nacré, Issoria lathonia, le nacré du revers de ses ailes

Mon sujet est une femelle, le fond est orangé et verdâtre en se rapprochant du corps. L’extrémité de l’aile antérieure est différente de celle du mâle : après la ligne de points noirs on trouve des petites zones plus claires presque jaune au lieu de l’orange.
Petit nacré, Issoria lathonia,  femelle se nourrissant, photo de l'été passé

C’est surtout le revers des ailes avec de grandes taches nacrées qui justifie son nom. L’aile antérieure en possède des petites situées à l’apex uniquement.
L’aile postérieure présente de grandes taches nacrées, une rangée d’ocelles entourées de noir, puis une rangée de taches nacrées en bordure.

Petit nacré, Issoria lathonia, autre photo dans la garrigue

Pourquoi ai-je trouvé ce papillon dans mon jardin? Tout simplement parce que de nombreuses violettes y poussent. Souvent sous les arbustes ou au milieu d’autres plantes comme les iris, discrètes, elles s’accommodent  de peu .

Petit nacré, Issoria lathonia, au sol

Bien qu’observant, surtout au printemps , les violettes je n’y ai pas trouvé de chenilles car ce sont elles qui en font leur nourriture. L’adulte se voit le plus souvent au sol se réchauffant, c’est ainsi que je l’ai vu hier.

Petit nacré, Issoria lathonia, se nourrissant.

L’imago, lui trouve sa nourriture sur  les diverses fleurs à sa disposition selon la saison. Il se trouve aussi dans des habitats très variés. Nous l’avons rencontré dans les garrigues et même en altitude au-dessus de 1000m.

Celui-ci, un peu fatigué, a fait une pose au creux de ma main!


samedi 2 mars 2019

Hylaeus variegatus, femelle et mâle, des abeilles à masques.


Voilà des abeilles, plus petites et différentes de la plupart de celles rencontrées dans le jardin.
Elles sont dites à langue courte. Elles ne peuvent donc se nourrir que sur certaines fleurs.
De plus elles n’ont pas d’outils de recueil de pollen : ni corbeille sur les tarses, ni brosses ventrales.
Le pollen est transporté dans leur jabot. Elles butinent sur des fleurs où le nectar est facilement accessible : des apiacées de préférence. Elles sont dites « abeilles à masques » à cause des taches de couleurs claires qu’elles portent sur la face, le masque des mâles étant plus important que celui des femelles.
Hylaeus variegatus, femelle sur panicaut

Depuis toujours j’ai du fenouil et des carottes  sauvages dans le jardin. C’est sur le fenouil que j’en vois épisodiquement. Mais cela fait deux ans que j’ai planté un pied de panicaut dans mon coin « fleurs bleues ». Et cela a attiré  davantage  de ces abeilles dites primitives. Au moins deux espèces s’y nourrissent mais elles sont difficiles à identifier sachant qu’il en  existe au moins une cinquantaine d’espèces en France.
La plus facile à reconnaître est Hylaeus variegatus objet de cette page. C’est encore grâce à un document trouvé sur le net que j’ai pu avancer. : H.H. Dathe - 1980 - Les espèces du genre Hylaeus en Europe.
Voici les éléments de la clé qui ont permis de mener à l'identification de la femelle


  •       Gastre(abdomen) rouge à la base
  •       Scutellum noir ou taché de blanc aux angles latéraux.

Hylaeus variegatus, femelle , scutellum avec deux taches blanches
  •      Face avec taches claires. Pattes noires tachées de blanc.
  •      Dépression des tergites avec de nettes bandes de cils. Tergite 1 à ponctuation grossière et franges latérales
Hylaeus variegatus, femelle , franges du tergite 1 blanches

  •      Mésopleures à ponctuation grossière et ridée, intervalles brillants. Clypéus généralement noir. 

 
Hylaeus variegatus, femelle ,face , clypeus noir
Taille comprise entre 6,5 et 7,5 mm.

Mais il existe une certaine variabilité dans l’espèce. C’est pourquoi on parle du «  groupe variegatus ».
Hylaeus variegatus, femelle, se nourrissant

Le mâle

Pour identifier un mâle ( 7 articles au gastre(abdomen), 13 articles aux antennes) la méthode la plus sûre consiste à extraire et examiner les genitalias.
Ce n’est pas ma méthode, elle est réservée aux spécialistes.

Alors j’essaie de m’y retrouver en examinant les photos.
Je pars du principe que si j’ai des femelles bien identifiées, les mâles qui se promènent dans le jardin appartiennent aux mêmes espèces.
Quels sont les critères pour reconnaître un mâle de Hylaeus variegatus ?

1.Le scape est élargi, blanc sur sa moitié environ

Hylaeus variegatus, mâle avec son masque blanc

2.Le masque est blanc, au-dessus du clypeus, une dépression arrondie.

3. Des dessins blancs sur les mandibules, le labre.

Hylaeus variegatus, mâle détail de la face

Le document utilisé présente pour chaque espèce, un schéma de la tête du mâle et de la femelle.

C’est extrêmement utile et facilite grandement la tâche.
 
Hylaeus variegatus, mâle détail des tergites
4.Les tergites sont éclaircis au bord et ponctués.
Le mâle est un peu plus petit que la femelle, mesurant de 5,5 à 7 mm.
On rencontre ces petites abeilles dans toute l'Europe avec quelques variations selon les régions.
J'ai rencontré mes exemplaires du mois de juin à début août.
Elles nichent dans des vieilles  tiges de ronces par exemple. C'est encore un bel exemple de la grande diversité qui existe dans le monde des abeilles sauvages .

mardi 19 février 2019

Rhodanthidium septemdentatum, des abeilles résinières


Certains hyménoptères ont des modes de vie surprenants. Les abeilles sauvages utilisent des supports très différents pour abriter leurs œufs. Certaines utilisent des tubes végétaux, d’autres construisent des urnes, et voici maintenant une espèce qui utilise des coquilles d’escargot.

Rhodanthidium septemdentatum,le mâle environ 14 mm.

Ce fut la découverte faite en photographiant deux belles abeilles trouvées comme souvent sur la piscine au mois de mai dernier.
An matin j'ai d'abord rencontré ce très beau mâle, jaune et noir.
En utilisant mes récentes connaissances , compter le nombre de sternites(7), et celui des articles des antennes,(13) j’arrive à dire qu’il s’agit d’un mâle.

Rhodanthidium septemdentatum, mâle, tête, antennes aux 13 articles

L’observation des nervures et des cellules de l’aile  nous indique qu’il appartient  à la sous famille des Mégachilinae avec deux cellules cubitales..
Avec cette couleur noire et jaune, et un aspect peu velu, on s’oriente vers le genre Anthidie.
Rhodanthidium septemdentatum, mâle, détail des derniers tergites

Grâce à un document trouvé sur le net : Terzo et Rasmont : clé des  genres apoïdes d’Europe, j’en arrive à Rhotanthidium : en me servant en particulier de ces détails :
  •          tergite 7 toujours avec 3  fortes dents apicales ,
  •          tergite 6 avec la marge apicale souvent allongé en forme de langue tronquée et surplombant le tergite 7.

Maintenant il s’agit de préciser l'espèce
Depuis peu on trouve en ligne un ouvrage très intéressant et que je trouve très facile à utiliser :
Fauna helvetica, Apidae 4 par F. Amiet, M.Herrmann,A.Müller,R.Neumeyer.
En suivant la clé des mâles Anthidium, on arrive facilement à la solution. C’est sur les détails du tergite 7 que se fait la détermination. Et sans comprendre l’allemand, grâce aux excellents schémas, on y arrive facilement.
  •  On voit clairement le tergite 7 avec sa configuration particulière , très différent des autres sujets .
    Rhodanthidium septemdentatum, mâle, détail des tergites 6 et 7 très particuliers
  • En y ajoutant le clypeus entièrement jaune , Rhotanthidium  septemdentadum est reconnu.

Pour vérifier la détermination , je me suis aussi servi d’un autre ouvrage suisse( merci chers voisins),Hyménoptères du Valais, par E. Frey-Gessner, ouvrage bien plus ancien,  qui précise :
  • La prolongation intermédiaire du septième segment de l'abdomen est très forte, courbée, tronquée au bout, des deux côtés une épine effilée, rouge au bout.(bien visibles sur la photo ci-dessus)

Dans la même journée, j’ai trouvé une femelle, hélas en piteux état(environ 12 mm).
Son abdomen, avec 6 sternites en est la preuve. Le dernier bien différent de celui du mâle : mais on y trouve 2 taches jaunes.

Rhodanthidium septemdentatum,femelle avec ses 6 sternites

La partie jaune de la face est réduite à la zone entre la base de l’antenne et l’œil, le clypeus est noir. Les mandibules présentent 2 dents et une longue partie rectiligne.
Rhodanthidium septemdentatum,femelle avec ses mandibules à 2 dents

Les pattes sont rougeâtres ainsi que l’écaille qui couvre l’insertion de l’aile(photo1) et  la brosse ventrale.(photo5) .
Rhodanthidium septemdentatum,femelle se nettoyant la langue

Son mode de vie est intéressant : elle fait son nid dans des coquilles vides d’escargot et elle bouche les cellules à l’aide de résine, d’où son nom d’abeille résinière. C’est chez Fabre, souvenirs entomologiques   que l’on en apprend davantage sur le choix des coquilles, la mise en place de l’œuf et de sa réserve de pollen, l’operculation de l’alvéole avec de la résine prélevée sur des conifères . En général , l’abeille installe deux loges dans une coquille, la plus petite au fond réservée à une femelle, la plus grande en avant à un mâle qui dans cette espèce est plus grand que la femelle.
Des petits débris ferment la loge avant d’être close par un des cailloux cimentés avec de la résine. Souvent la loge n’atteint pas le bord extérieur de la coquille et il est bien difficile de deviner la présence ou non des œufs. De plus ces coquilles sont dissimulées sont différents débris végétaux ou pierreux.
Rhodanthidium septemdentatum,patte antérieure du mâle avec un outil à l'apex du tibia, dont je ne connais pas l'usage: probablement outil de nettoyage des antennes.

J’ai beaucoup regretté  que ma femelle ne survive pas à son bain prolongé dans la piscine. J’ai découvert avec grand plaisir la présence dans le jardin de cette espèce . J’ai ramassé nombre de coquilles  vides d’escargot et je les mettrais à disposition dans le jardin au printemps en espérant qu’elles servent à ces belles Anthidies.