mercredi 11 mai 2022

Deux heures avec une maçonne :Osmie bicornis scelle minutieusement son nid !

 

En allant sur la terrasse j’ai vu arriver une petite abeille au-dessus d’un des tubes de bambou qui restent  dans un pot avec d’autres tiges. Elles sont destinées à accueillir qui veut bien y installer sa progéniture. Et cela varie selon les années : voir ici 

 

Voici le cadre du travail de notre "maçonne"!

 

J’ai essayé de saisir en photo la petite industrieuse mais elle plongeait tellement vite à l’intérieur du tube que je ne voyais que l’apex de son abdomen : un peu maigre pour y mettre un nom.

Avec l'apex de son abdomen recouvert de poils noir et sa jolie pilosité claire sur le thorax c'est Osmie bicornis 


Le jour suivant j’ai vu à l’intérieur du tube, environ à 1cm du bord un début de cloison en terre. Notre petite abeille en était à la finition, il fallait bien fermer ce tube pour que sa progéniture soit bien à l’abri, empêchant les intrus d’y pénétrer.

Arrivée avec la boule de boue coincée entre les mandibules


 Et là j’ai passé 2 heures à la surveiller à essayer de saisir sa tête . Grâce à la vue de ses ailes, ( 2 cellules cubitales) et son aspect général  j’avais en face de moi une Osmie.

Au travail!


 Parmi celles qui fréquentent le jardin il y a l’Osmie cornue et l’O. bicornis. Les derniers tergites noirs nous donnent la clé : Osmie bicornis.

Une belle quantité de boue pour compléter l'ouvrage


L’abeille est allée chercher une boule de boue , je ne sais où, mais pas loin de terrasse.Et hop, sans attendre elle se met à l’ouvrage : de l’extérieur vers le centre. L’opercule est minutieusement soudé à la tige et bien lissé.

Madame bicornis avec ses petites cornes sur la face

Après chaque séance de construction elle repart les mandibules bien propres débarrassées de toute trace de boue!

Je repars bien proprette pour chercher le chargement suivant


 Ce n’est que lorsque l'opercule  a été bien  lisse et étanche qu’elle s’est mise à apporter du mortier plus grossier qu’elle a posé sur la cloison et là, les paquets sont entassées  les uns à côté des autres sans lissage de finition.

Voilà , nous y sommes, le dessus n'a pas besoin d'être lisse! 

Une dernière vérification en faisant le tour de la tige et hop je m’envole satisfaite du travail fait ! Bravo madame, vos descendants sont à l’abri !

samedi 7 mai 2022

Pararge aegeria, le Tircis, chenille, chrysalide et imago au fil des ans!

 

Voici un papillon printanier. Cela fait déjà une bonne quinzaine que j’en vois parcourir le jardin. Le Tircis passe l’hiver sous forme de chrysalide et émerge maintenant quand le temps se radoucit.

Tircis, une femelle avec ses grandes macules jaunes


C’est l’occasion d’en savoir un peu plus sur ce papillon répandu dans toute l’Europe. Les papillons de la moitié sud de la France sont plus colorés et orangés que ceux rencontrés dans la partie nord.

On rencontre plusieurs générations annuelles. Il y a déjà quelques années , j’avais eu l’occasion de trouver une chenille dans l’herbe et j’avais été surprise de la rapidité avec laquelle s’était opérée la métamorphose.

De couleur verte avec une bande plus marquée sur le dos et deux pointes blanches dans la région anale, elle atteint 25 mm environ.


En effet le 4 juin j’ai trouvé la chenille, le 7 elle se met en position pour se chrysalider, le 8 juin voilà une chrysalide bien verte accroché à son brin d’herbe.

Préparation à la nymphose.


Et moins de 8 jours plus tard, le 15 juin des couleurs apparaissent elle indique que le papillon n’est pas loin de faire sa sortie.

Une belle chrysalide bien verte de la même couleur que son support, discrétion oblige


 Le 16 nous voilà avec une jolie femelle toute neuve. Il aura fallu 8 jours pour la métamorphose. C’était en juin , les températures élevées expliquent la rapidité de la transformation.

Préparation à l'éclosion: on prend des couleurs


Répandu et commun dans toute l’Europe, on le rencontre dès fin Février jusqu’à décembre selon les latitudes.

Le mâle avec sa tache androconiale 


On reconnaît le mâle à cette tache androconiale cerclée sur la photo : à cet endroit des taches orangées sont présentes chez la femelle.

Femelle au repos dans la végétation 


On le rencontre dans les bois de feuillus, ou de conifères, aux abords des cours d'eau. Chez moi c'est dans le fond du jardin, là où il y a le plus d'arbres et une abondante végétation. C'est aussi l'endroit le plus ombragé. On le voit souvent posé au sol ou sur la végétation basse. Les chenilles se nourrissent en effet sur diverses "herbes". Cette année j'ai vu une femelle se nourrir sur les fleurs du Pittosporum.

On reprend des forces sur les fleurs odorantes du Pittosporum

Les œufs seront pondus isolément sur les parties découvertes des racines ou les limbes des plantes. Et le cycle recommencera.

C'est un papillon répandu et de saison! Ouvrons l'œil, c'est toujours plaisant de les voir voler.

dimanche 1 mai 2022

Eremocoris fenestratus, une punaise de la litière, bien discrète

 

Le printemps est bien arrivé dans le jardin : des fleurs partout, des chants d’oiseaux, des papillons , des abeilles, on vole au-dessus de l’herbe et près des arbres.

Mais il est un domaine où la vie est bien plus discrète mais tout aussi riche : le sol, sous les arbres, caché par les herbes et les plantes, il y a tout un monde qui vit. Les insectes y sont souvent petits, sans couleurs éclatantes, on ne les remarque guère.

C’est pourtant de  là que  tout part et se construit. Je découvre petit à petit ce monde quand l’un de ses acteurs se montre à découvert, surtout s’il se perd sur la piscine.

C’est ce qui est arrivé avec cette punaise de d’environ 1 cm, de couleur sombre,  presque noire au premier regard.

Eremocoris fenestratus, vue dorsale, en noir et brun*


A force d’habitude je sais dans quel « secteur »  chercher : 4 articles aux antennes, ce pronotum large , un scutellum bien triangulaire , des élytres qui recouvrent l’ensemble de l’abdomen avec une partie membraneuses parcourues par quelques nervures bien visibles, je cherche parmi les Rhyparochromidae, du site insecte.org.

Eremocoris fenestratus*


J’arrive à la famille des Eremocoris facilement.

Ensuite il s’agit de savoir quelle est l’espèce : deux caractères sont cités ; une seule dent sur les fémurs antérieurs et des poils perpendiculaires aux tibias postérieurs.

Fémur avec une dent plus grande*


Grâce à l’ouvrage très complet de Péricart**, disponible sur le net, Eremocoris fenestratus est confirmé. Son aspect très luisant visible sur les images est aussi noté !

Le tibia de gauche montre bien les longs poils  perpendiculaires Tel que représentés dans l'ouvrage de Péricart , Faune de France volume84, page 264 figure e*


Cette punaise, on voit bien son rostre ici, consomme des graines pourrissantes dans la litière près des arbustes de la famille des rosacées, mais aussi des cyprès qui dans mon voisinage servent de haies !

Selon l'angle de la photo, les denticules et la dent du fémur ne sont pas du tout visibles*


 On s’est posé la question de savoir à quoi servaient les épines sur ses fémurs : à tenir la graine pendant que l’insecte en prélève  la substance pour se nourrir !

Nettoyage du rostre à l'aide des pattes antérieures*


 D’ailleurs pendant que mon sujet faisait sa toilette après son bain, j’ai bien vu son habileté à passer ses pattes sur ses antennes et à passer son rostre entre ses pattes.  

Un petit insecte bien soigné à qui nous ne prêtons guère d'attention, voilà qui est réparé!

* images grossies 3 fois

** Faune de France,84b, Hémiptères Lygaeidae, volume 2

lundi 18 avril 2022

Esperia sulphurella femelle, un microlépidoptère.

 

C’est en voulant enfiler mes bottes pour descendre au jardin que j’ai vu ce petit papillon sur le sol de la terrasse. Petit, il ne mesure qu’environ 1 cm, ce sont ses couleurs : du noir et des lignes jaunes qui ont attiré mon regard.

Esperia sulphurella femelle


Sans difficulté il grimpe sur le couvercle que je lui propose !

C’est en feuilletant les pages consacrées aux microlépidoptères du vieux Chinery(Insectes de France et d'Europe occidentale) que  je trouve son identité sans difficulté : Esperia sulphurella

C’est une femelle, les mâles n’ont pas ces longues lignes jaunes sur l’aile. On l’appelle aussi la Dasycère soufrée

Une femelle qui mesure moins d'un centimètre


Sa larve vit dans le bois mort et c’est sans doute le bois que j’avais stocké  sur la terrasse qui l’a abrité. Ses antennes pointées en avant sont marquées de blanc en leur milieu.

En faisant des photos assez grossies je suis intriguées par ces  fines cornes noires que je vois pointer au-dessus de sa tête. Les papillons ont certes parfois  des détails étonnants à nous montrer, mais des cornes effilées , non. Et je refais des photos de face cette fois. 

Détail de la face avec surmontée de ces fines cornes noires*


Ces cornes noires sont les extrémités des palpes labiaux !! Ils sont d’abord de couleur orange avec des cils importants, n’oublions pas qu’ils ont un rôle sensoriel primordial, et leur extrémité est noire et davantage pointue !

Détail de la face avec les palpes labiaux redressés*


On a ainsi toujours des surprises en regardant de très près ces petits insectes qui nous semblent insignifiants au premier regard !

Vue de dessus.


Précisons que ce microlépidoptère fait partie de la famille des Oecophorides et qu’il vole entre mai et juillet. Ici c’est à la mi-avril qu’il a pointé son nez !Il se montre dans les bois clairs et de jour, dans le Centre et le Sud du pays !

*Images grossies 3 fois

mardi 12 avril 2022

Andrena rhenana, un mâle à l’identité certifiée !

J’ai trouvé comme souvent cette petite abeille surnageant sur la piscine. Nous sommes début mars.

C’est un mâle ses antennes au nombre de 13 articles et son abdomen avec 7 segments en attestent.Il mesure environ 10 mm.

Andrena rhenana, mâle




Ensuite en le regardant c’est la forte pilosité de l’individu sur sa face ventrale qui a attiré mon regard. En observant sa tête je lui ai vu une importante  barbe blanche. Ces détails sont certes intéressants mais ce ne sont pas eux qui me donneront le nom de mon sujet, ce qui est quand même le but de mes photos ! J’aime bien savoir qui je côtoie dans le jardin !!

Une face ventrale avec une jolie pilosité claire.




C’est une Andrène, elle a 3 cellules cubitales et une nervure basale presque droite. Il y en a 160 espèces chez nous ! C’est dire si les identifier est difficile. Grâce à l’aide d’un spécialiste sur le forum insecte .org elle sera identifiée avec précision !

Commençons par ce qui est bien visible sur mes photos :

  • clypeus avec la cuticule entièrement sombre (noire ou brune)
  • antenne avec le A3 parfois beaucoup plus long que le A4 
  • troisième article antennaire sans ergot ventral;

Détail de la tête: quelques poils noirs le long des yeux, une barbe blanche*





  • tergites sans reflet métallique, avec ou sans bande apicale; tergite 7 sans plateau pygidial...
  •  mandibule sans dent ni lobe ventro-basal....(photo ci-dessous).

Une mandibule sans dent à son début*



  • tergites avec une bande apicale, qui se confond parfois avec la pilosité du reste du tergite, la cuticule densément et régulièrement ponctuée, y compris sur le disque et sur la dépression apicale du tergite (voir ci-dessous)

L'abdomen aux tergites ponctués*


  • pelage fauve sur la face dorsale du corps et beige clair sur la face ventrale du corps ainsi que sur la face, laquelle porte une fine bande de soies noires le long de l'œil .
C'est là que je me suis arrêtée, sans réponse précise!

Le dernier tergite en vue dorsale*

Puis ce sera le détail de ce tergite 8 photographié et identifié à partir d’un article disponible en ligne qui permettra la suite du cheminement.

Voici cet article

Et c’est grâce à ce document mis en ligne que l’on arrivera au résultat.

J’ai utilisé la clé fournie, qui décrit le sternite 8 photographié par un spécialiste et publié sur le forum .

On observe:

  • le sternite 8 a des dents latérales qui ne sont pas en forme de triangle et il n'est pas émarginé .
  • il  a l'apex arrondi, la base est trapue, elle n'est pas en forme de bâtonnet.
Ceci nous conduit à la photo 24 (du document en ligne)et à Andrena rhenana.

En vérifiant avec le tableau de la distribution des espèces, on  note bien l'espèce  bien en France.

Voici ce joli petit mâle enfin identifié.


Cette démarche rendue possible grâce à des passionnés qui mettent en commun leur savoir est pour moi, une réussite de l’internet que j’apprécie particulièrement.

Pour en savoir davantage sur leur mode de vie, voici un autre site qui le décrit

Ainsi en naviguant sur le web , on enrichit ses connaissances! 

* Images grossies 3 fois