mardi 20 octobre 2020

Histoire d'un nid: des guêpes Polistes nimpha à l'oeuvre.

 

Voici la vie d’un nid de guêpes Polistes nympha au cours de l’été 2020.

1ére partie: la fondatrice et ses aides.

Je n’ai pas vu le début de la construction du nid. Un beau matin en observant ce qui volait au-dessus des fleurs d’immortelles stoechas, (Helichrysum stoechas), j’ai vu ce petit nid accroché au mur de la cour, à un endroit que je ne visite jamais au cours de la journée.


Nid attaché au mur par un solide pédoncule


Typique des guêpes polistes, il est formé d’une attache solide et de cellules  hexagonales construites en cercles à  partir de matériau « gratté » sur de vieilles tiges ou comme ici sur le bois du portail !

Nous sommes début juin et sur le sommet du nid, la fondatrice.

La fondatrice sur son ouvrage.


C’est une femelle fécondée à l’été précédent et qui a passé la mauvaise saison à l’abri d’un creux, d’un trou…C’est elle qui a fabriqué ce nid. Elle y a ensuite pondu des œufs .On voit que le matériau n'est pas très dense et les parois fines .

Où sont ces œufs ?

Je n’en vois qu’un au départ à travers la fine dentelle des cellules .

Au fond de la cellule, on voit un œuf accroché.


Quelles sont les attitudes observées ?

Le matin et le soir je vois la fondatrice perchée sur son nid ou derrière celui-ci.

Je ne la vois jamais très active.

Parfois je la vois complètement enfoncée dans une cellule. Je suppose alors qu’elle procède au soin d’une larve. L’œuf est enfoncé au fond de la cellule et le nid incliné vers le bas, je ne peux pas voir ce qui se passe à l’intérieur.

Dans la journée elle s’absente , mais il y a plusieurs endroits où je vois des « consœurs » se nourrissant sur les fleurs ou voletant sur la végétation.

Le renfort arrive, une seconde femelle adulte!


Mon observation commence le 9 juin et rien ne change jusqu’au 24 juin.

Voilà qu’au matin du 24 juin je vois 2 femelles adultes sur le nid. Je suppose que l’une d’elle est la fondatrice, mais la seconde ?

Ce n’est pas une nouvelle née mais une femelle adulte qui vient en renfort !En cherchant à en savoir davantage, j'apprend qu’il s’agit de femelles qui elles aussi ont passé l’hiver, et viennent en quelque sorte aider la fondatrice dans son travail d’élevage des larves. La fondatrice pond et ses aides nourrissent et veillent au bon fonctionnement de l’élevage.

A trois on travaille mieux!

Nous sommes le 27 juin et au matin je vois cette -ci 3 femelles adultes.

On s'active encore plus: les voilà maintenant à 4 à s'occuper des œufs et des larves!

Encore davantage de renfort le 28 juin.

C'est çà ce stade que s'arrêtent la première phase d'observation.

Il y a à l'œuvre une fondatrice restée seule jusqu'à la fin juin et 3 femelles adultes venues l'aider à la fin du mois.

Le nid ne présente aucune cellule operculée, c'est à dire fermée. Cela signifie que les œufs devenus des larves ne sont pas encore assez évolués pour la larve devienne nymphe.

Pour identifier une femelle de Polistes nimpha c'est ici et voir un mâle qui bulle c'est ici


samedi 26 septembre 2020

Anospilus orbitalis, chasseuse d'araignées.

 

Voici un hyménoptère d’une  famille, les Pompilidae, spécialisée dans la capture des araignées comme nourriture de leur larve(une seule araignée par larve et souvent une espèce précise par espèce de Pompile)

D’habitude on les voit courant rapidement sur le sol à la recherche d’une proie.

Celle-ci, une femelle, nous a rendu visite dans le salon en se promenant sur la fenêtre.

 Il en existe 150 espèces en Europe de l’Ouest.



Mon exemplaire mesure 14 mm, c’est une femelle car elle a 12 articles aux antennes. Une particularité des femelles Pompildae, c’est d’avoir les antennes recourbées enroulées quand elles sont mortes.

La mienne nous montre en partie ce détail quand elle est au repos : les articles des antennes ne sont pas parfaitement alignés . Mais pour moi, quand elle " redressait" ses antennes c’était le signal qui indiquait qu’elle allait se mettre à courir et qu’il fallait poser le bocal qui la recouvrait. Nous avons eu ainsi quelques poursuites sur ma table de photographie !

Ses fémurs arrière qui dépassent la moitié de l’abdomen, ses couleurs noires avec quelques tergites rouges , nous indiquent un Pompilidae.

Pour déterminer l’espèce je me suis servis d’une clé disponible sur le net ici

https://www.insecte.org/forum/viewtopic.php?p=87407#p87407

Voici les éléments que j’ai pu observer :

  • Partie déclive du propodeum sans dent ni arête vive
  •  Partie déclive du propodeum sans échancrure

Difficiles à voir sur les ailes sombres, les 3 cellules submarginales.


  • Trois cellules submarginales aux ailes antérieures
  • Toutes les griffes des pattes dentés
Le détail des griffes qui sont dentées et le pulvillus indiqué par la flèche.
  • Pas de brosse de soies épaisses au dernier tergite tout au plus quelques longues soies souples


De fines soies recourbées sur le dernier sternite

  • Antennes sans épaississement remarquable, si c'est le cas le pulvilli est important
    • Troisième cellule submarginale moins étroite, pas de coloration cendrée sur le gastre
    • Quelques longues soies souples sur le dernier tergite, bordure interne de l'œil rebordée de jaune-blanchâtre on arrive à  Anospilus
    Et en France il n' y a qu'une seule espèce nous voilà à Anospilus orbitalis.
    (Il existe bien une sous-espèce toute noire). Celle du jardin est la forme typique avec les premiers tergites rouges.

     


    Le détail qui fait la différence: ces fines lignes jaunes qui bordent l'œil à l'avant et l'arrière, ainsi que sur le bord latéral du pronotum.

    J'ai trouvé des infos sur cette guêpe dans un ouvrage ancien où elle portait un autre nom, mais la description correspond.(Faune de France 10; Berland)
    On y note cette fine ligne jaune qui conduit à Anospilus orbitalis, en y ajoutant une petite coloration jaune que l'on observe ici aussi sur les bord externe du pronotum.
    C'est une espèce méridionale qui chasse les Nemesia, araignées qui vivent dans des terriers.
    Pour en savoir plus sur ces chasseuses d'araignées , voici un article très intéressant: Les Pompiles, insectes chasseurs d'araignées par Edgar Gros.  

    samedi 19 septembre 2020

    Une surprise!


    En travaillant dans le jardin, il y a quelques jours, j’ai trouvé, sous une pierre, une chrysalide. Elle y était fixée. Je l’ai détachée et mise à l’abri dans un pot avec un couvercle transparent.


    Je m'attendais à voir émerger un papillon.


    J’ai  pris quelques images pour marquer une étape du développement de l’insecte. J’étais persuadée qu’il s’agissait d’un papillon de nuit, petit papillon certes, mais je suis toujours curieuse de voir qui se promène dans le jardin.

    Et en début de semaine quelle ne fut pas ma surprise de voir voleter un hyménoptère dans la boite !!

    Et voici un hyménoptère!


    En vérifiant que ladite boite était bien fermée que dans le fond y gisait l’enveloppe de la chrysalide et rien d’autre, j’ai dû admettre que cet hyménoptère était bien issu de la chrysalide.

    En y regardant de plus près il me fut facile de reconnaitre un Ichneumon, et une espèce que j’avais déjà vue dans le jardin : Ctenochares-bicolorus.

    Détail de la chrysalide (ailes et antennes du futur papillon)


    Cela vient confirmer que cet hyménoptère est bien un parasite de chenille.Il est connu pour parasiter les Chrysodeixis chalcites, pestes des tomates et autres plantes.

    En remontant un peu dans mes observations, je me souviens avoir vu de nombreuses chenilles de Chrysodeixis-chalcites, en particulier dans mes pots de basilic et les déloger fut dur!

    C'est la partie de l'abdomen distendue qui peut sembler suspecte!


    Il y a donc de fortes chances que c’est dans une des chrysalides de cette noctuelle que fut pondu l’œuf qui a donné naissance à l’imago émergé dans mon pot !

    Ctenochares-bicolorus


    C’est bien la chenille du papillon qui a « fabriqué » l’attache qui retenait la chrysalide à sa pierre, le crémaster. Elle a  été parasitée quand elle était déjà bien installée dans sa chrysalide où les formes du  futur  papillon sont bien visibles .

    Détail de la tête

    En regardant l'enveloppe délaissée de la chrysalide, j'ai pu observer que le mode d'émergence ne ressemblait pas à ceux qu'emploient habituellement les papillons. Ils fendent l'enveloppe sur le dos. Elle se scinde sous la marque du pronotum. Notre hyménoptère a émergé en se dégageant par la tête où il a fait un trou assez large pour y passer tout son corps.

    On sort par le haut!


    On le voit bien sur la photo ci-dessus, il a même fendu l'empreinte des antennes  de son hôte involontaire.
    Notre hyménoptère aura fait œuvre utile en éliminant ce papillon, certes joli mais plutôt néfaste à nos plantes cultivées.
    En faisant quelques recherches , j'ai vu que Ctenochares bicolorus poursuit son extension et  qu'il est arrivé aux Pays Bas et en Belgique, tout comme le papillon qu'il parasite!

    dimanche 6 septembre 2020

    Myrmilla erythrocephala, le mâle porte des ailes!

     

     J’avais rencontré la  femelle de cet hyménoptère au printemps, elle est aptère.Le mâle lui présente de belles ailes qui aident d’ailleurs à le déterminer.

    J'ai trouvé celui-ci nageant sur la piscine. Il fait 10 mm.

    Et comme souvent c'est pendant qu'il faisait sa toilette que j'ai pu le photographier. Entre 2 séances de mise en beauté, il cavalait énergiquement dans sa boite!

    Myrmilla erythrocephala, le mâle


    En utilisant la Faune de France numéro 10 de L. Berland intitulé Hyménoptères vespiformes( Sphegidae, Pompilidae, Scolidae, Sapygidae, Mutillidae), 1925, disponible sur le net, on peut arriver à  bien le déterminer.

    Comme j’avais déjà trouvé la femelle je savais que j’avais affaire à un Mutillidae sa tête plus large que le thorax est un bon indice .Et la présence des ailes nous dit que c’est un mâle.

    Mais si la femelle a un thorax sans sutures, ce n’est pas le cas du mâle.

    Un abdomen avec 7 segments , caractéristique du mâle. Mais ici, les ailes suffisent à différencier les sexes


    • En regardant les ailes on voit que les nervures n’atteignent pas le bord des ailes
    • Les yeux sont entiers
    • L’abdomen est sessile (pas de pétiole entre thorax et abdomen)

    Nous voici chez les Myrmilla.

     


    • Ailes avec 2 cellules cubitales


    • Abdomen noir, sans bande claire, mais simplement et étroitement cilié de pubescence pâle au bord postérieur des segments.
    • Ailes hyalines ou faiblement enfumées, sans tache plus foncée
    Autour des ocelles s'étend une zone noire. On voit aussi les sutures du haut du thorax.


    Ensuite la description : tête ferrugineuse, avec la région des ocelles,la partie antérieure du front ainsi que les joues et le clypéus noirs, mandibules, antennes et pattes noires.

    La cuticule est finement ponctuée et parsemé de poils longs et clairs


    Les mâles sont sans doute visibles en fin d'été pour féconder les femelles qui passeront la mauvaise saison à l’abri.

    Myrmilla erythrocepha, un joli mâle en noir et rouge

    Ces hyménoptères, parasites d'autre abeilles solitaires, sont donc bien présents dans le jardin mais aussi bien discrets. Je n'avais jamais vu de mâle!

    mardi 25 août 2020

    Zeuxevania splendida, un drôle d' hyménoptère .

     

    Voici une drôle de bestiole trouvée sur la piscine ,l'essentiel du corps fait moins de 5mm. Hormis les pattes un peu brunes , tout est sombre presque noir !

    Un petit hyménoptère à l'allure particulière

    C’est la façon dont le gastre (abdomen) est attaché au reste du corps qui étonne. Alors que chez la plupart des hyménoptères cette liaison se fait au milieu du thorax, ce qui fait que la prolongation semble dans une ligne continue, ici le pétiole qui fait la liaison thorax et gastre, se situe sur le dessus du thorax .

    Cela lui donne cette allure bizarre. De plus entièrement noir l’insecte n’attire pas l’œil.

    On peut admirer la ponctuation sur le thorax qui s'oppose à la cuticule lisse et brillante du gastre.

    C’est pourtant un hyménoptère, une guêpe parasite de blattes.

    Il y a peu de guêpe ayant cette forme ce qui réduit les recherches.

    C’est la nervation des ailes qui m’a  conforté dans mon identification.Je me suis aidé d'une clé en anglais disponible sur le net ici

    Le pétiole attaché haut sur le gastre


    • Les ailes dépassent le pétiole
    • Les ailes antérieures comptent 6 cellules
    • La distance entre les coxas(hanches) médianes et postérieures est égale à 0,6 fois  celle de la distance entre les antérieures et les médianes( en fait les 2 dernières coxas plus proches l’une de l’autre  ).C'est bien visible sir la première photo.
    Le détail de l'aie qui clarifie la situation, en haut le schéma extrait de la clé qui nomme Zeuxevania splendida

    • Une particularité de l’aile est  la fusion de la cellule basale avec la cubitale . Sur la photo le cercle montre cette absence de nervure transversale.

    Nous sommes bien en présence de Zeuxevania splendida( espèce unique chez nous dans cette sous famille).

    Ensuite ce qui est à noter c’est qu’elle parasite des blattes, en particulier , leur oothèque mais peut être aussi l’insecte lui-même.

    La nature offre bien des surprises!