dimanche 13 septembre 2009

Le bec croisé des sapins,( loxia curvirostra) , un oiseau qui aime l'altitude.

Le point de départ de ces images est une photo figurant sur la couverture du livre « Ventoux Géant de nature, guide des richesses biologiques du mont Ventoux ! » présentant un superbe mâle de bec croisé des sapins!

1er épisode

Souhaitant voir cet oiseau au bec si particulier, nous avons commencé notre enquête en vérifiant quelle nourriture il recherchait et dans quelle zone il vivait. Ceci nous a mis sur la piste des pins à crochets. On ne le trouve qu’en montagne, ses aiguilles ont entre 2 et 5cm( entre 15 et 20 cm pour celles du pin maritime)L’extrémité des écailles du cône est en forme de crochets.
Nous avons ainsi découvert que les pentes du mont Ventoux abritait une zone de ce pin.
Et nous voilà un matin d’avril sur le versant nord du Ventoux, au-dessus de 1000m, le nez en l’air pour repérer des zones de pins puis ramassant les cônes pour les examiner et vérifier s’il s’agissait bien de pins à crochets. Une activité originale mais des plus saines !

Une femelle en haut d'un pin à crochets au printemps!

Et la recherche a été payante ! Nous avons vu une femelle décortiquer en haut d’un pin, un cône. Nous nous sommes promenés dans ce secteur et la même journée nous avons vu un mâle si joliment coloré chanter en haut d’un pin. Bon, voir un oiseau à 10 mètres au-dessus de sa tête est super chouette, savoir que nos déductions ont été correctes est certes très satisfaisant ! Mais les belles images ne sont pas au rendez-vous !
C'est ainsi que nous avons notre première photo du bel oiseau, comme dans beaucoup d’espèces la femelle a un plumage bien terne.

2ème épisode

Il faudra attendre l’été et notre recherche de fraîcheur pour retrouver ce bel oiseau !
Toujours dans une zone de pins, les oiseaux, viennent comme nous chercher la fraîcheur et de l’eau. Ils sont comme nous, ils ont chaud, ils ont soif et un bain de temps en temps fait beaucoup de bien !
C’est ainsi que nous avons revu notre bel oiseau en attente sur un pin, non pas pour se nourrir mais surveiller les alentours afin de vérifier si l’accès à l’eau est sans danger.

Monsieur bec croisé surveille les alentours du point d'eau!

Voici donc notre petite famille.
Le père est bien sûr le plus coloré, de cette couleur rouge orangé que l’on ne rencontre que peu parmi nos oiseaux locaux.
Mais bien sûr c’est son bec qui attire le regard..
Le bec croisé avec son bec si particulier.

La Hulotte (numéro 36- 37) donne une bonne explication de son fonctionnement.
La forme extraordinaire des mandibules du bec croisé lui permet d’aller chercher les graines au plus profond des écailles. Il ouvre son bec, l’enfonce ( ouvert) entre 2 écailles, tourne la tête d’un quart de tour. Le bec est maintenant perpendiculaire à l’écaille qui se trouve ainsi soulevée. La langue va chercher les 2 graines, l’oiseau ferme le bec. En se retirant, la pointe crochue du bec déchire bien souvent l’écaille. C’est ainsi qu’il signe sa présence.

Le juvénile a son plumage encore bien strié et ne prendra ses couleurs définitives qu’après la mue

Jeune bec croisé .

En naissant son bec n’est pas croisé mais il le devient petit à petit. Celui -ci passera beaucoup de temps à le frotter sur des cailloux pour le nettoyer car sans doute la résine des pins en été est bien collante et doit le gêner un peu.

Faudra apprendre à mieux se laver le bec !

Le bec croisé ne se nourrit pas exclusivement des graines de pins à crochets mais de la plupart des pins que l’on rencontre en montagne, ne dédaignant pas de compléter ses repas avec des insectes.


Avec ces quelques images nous allons prendre congé de vous chers amis lecteurs, pour une petite période de vacances ! En vous souhaitant à tous beaucoup de belles observations dans une nature que vous aimez.

jeudi 10 septembre 2009

Parnassius apollo, l'Apollon des Alpes.

Quand nous sommes allés prendre le frais en altitude c’était bien sûr pour échapper à la chaleur un peu trop importante à mon goût !Mais aussi dans l’espoir de voir un des plus beaux papillons de ces régions !

Parnasius apollo, femelle, sur les pentes du mont Ventoux, 1800m.

Parnassius Apollo, l’Apollon , un des plus grands papillons que l’on rencontre en France. C’est aussi l’un des plus beaux !Blanc mais presque transparent, ses vols rapides et légers quand il recherche une fleur ou un point d’eau,se font lents et difficiles quand il est privé de son moteur : le soleil !
J’ai eu la chance d’en voir sur les pentes du Mont Ventoux. C’est un original a plus d’un point!

D’abord il est blanc : les papillons de montagne sont généralement bruns ou noirs. Logique, ils captent la lumière solaire pour la transformer en énergie. L’Apollon, lui renvoie le rayonnement solaire. Lorsqu’il y a un nuage, il n’a plus de source d’énergie et se met au repos dans la végétation ou sur un caillou. C’est un handicap certain.

Détail de l'aile , avec son ocelle de couleur rouge bordée de noir.

Les ocelles de couleurs indiquent et son sexe et sa sous- espèce. C’est une femelle , elle a une macule à la base de l’aile postérieure(le mâle non)
Les marques de couleurs légèrement effacée à la base de l’aile antérieure(indiquées par la flèche ) nous précisent qu’il s ‘agit de Parnassio apollo nevadensis (qui vient de la Sierra Nevada).
Les Apollons ont une aire de développement restreinte et discontinue puisqu’ils vivent entre 1000 et 2000m en général, donc il existe de nombreuses variations régionales liées aux différents massifs montagneux.

Femelle de Parnassius apollo nevadensis.

Cette femelle présente une autre particularité.
En la photographiant j’ai observé le bout de son abdomen et il m’a semblé bien abîmé !Comme je voyais que c’était déjà une vieille dame ( écailles de couleurs manquantes et bien défraîchies )j’ai pensé à un individu malade.
Mais pas du tout !Elle est tout à fait normale et a rempli son rôle de perpétrice de l’espèce ! J’explique. Quand une femelle d’Apollon est fécondée par un mâle, celui ci secrète une poche cornée très résistante le sphragis.Il est fixé au niveau des voies génitales femelles. Cette poche lui interdit tout autre acouplement. Et c’est cette poche , déchirée qui se voit sur certaines images. C’est par cette poche de ponte que passent ensuite les œufs que dissémine la femelle

Ici, il ne s’agit que d’un reste déchiré de ce sphragis.(Je ne voulais absolument pas mettre en évidence sur les photos ce que je considérais comme un grand défaut de l'insecte!)

Et voici un mâle : rencontré au col de la Cayolle(2100m) un peu avant l’orage. Ce qui explique que le papillon s’est collé sur la végétation et n’en a plus bougé !
On voit qu’il s ‘agit d’un mâle à l’absence des ocelles de couleur rouge près de la base de l’aile antérieure. Désolée pour la piètre qualité de l'image, je chercherai à faire mieux...l'an prochain!


Un mâle avec son unique ocelle rouge sur les ailes antérieures.

Le papillon Apollon est protégé sur le plan national. Vous imaginez bien que c’est parce qu’il est menacé dans les régions où il était jadis plus abondant qu’aujourd’hui. C’est bien pour lui permettre de continuer à enchanter nos randonnées pendant son court mois de vie qu’il faut aujourd’hui tout faire pour le préserver.

Il existe près de 20 papillons protégés en France.Merci à Nadège d'avoir attiré mon attention sur le cuivré des marais qui en bénéficie aussi.
Voici un lien vers le Ministère de l'Ecologie qui détaille la liste des papillons protégés. Chaque papillon est présenté par une fiche bien documentée qui permet de satisfaire notre curiosité mais aussi d'oeuvrer pour préserver ces beautés fragiles!

Pour ceux qui veulent davantage d'informations sur ce magnifique "voilier des Alpes", voici une page très complète trouvée sur l'excellent site francophone insecte.org .

samedi 5 septembre 2009

Podisma pedestris : un couple de criquets montagnards.


"Salut à tous, c’est nous les Podisma pedestris. "

Podisma pedestris est une espèce de criquets d’altitude que j’ai rencontrée la première fois en parcourant les pentes du Mont Serein .Au mois de juillet il fait déjà bien sec sur les pentes ensoleillées de cette station de ski située sur la face Nord du géant de Provence, le mont Ventoux.
A 1600mètres d’altitude cette face nord présente une flore et une faune très montagnardes avec cependant un certain nombre de caractères particulier à ce milieu méridional. C’est là que mon regard a été attiré par ces criquets très, très colorés !
Quand on les revoit ensuite dans d'autres zones d'altitude, il est facile de les reconnaître!

"-Coucou c’est moi le chef de famille !
-Eh oui, mais c’est moi qui marche à pied avec toi sur le dos ! Contrairement à d’autres espèces c’est moi qui assure la charge du ménage pendant que Monsieur continue à chanter (cela me fait agréablement passer le temps.)
Bon, pas de querelle les Podisma je vais vous présenter tous les deux ! "

D’abord Madame ! Elle est bien plus grande que Monsieur !

Femelle de Podisma pedestris se chauffant au soleil sur les pentes du Mont Serein.

Donc voici la femelle de ce criquet encore appelé la Miramelle des moraines. Elle mesure entre 24 et 30 mm et c’est une taille importante pour un criquet.

Portrait de criquet avec ses antennes courtes et ses ailes réduites à des moignons chez cette espèce.

Vous remarquez ses antennes courtes (alors que les sauterelles ont des antennes au minimum aussi longues que leur corps).

"Ohé et moi, je suis le mâle, tu ne m’as pas présenté ! "

Mâle de Podsima pedestris sur la végétation dans laquelle il se cache souvent.

Voilà Monsieur Podisma : il est magnifiquement coloré,(mais beaucoup plus petit que la femelle : il ne fait que19 mm au maximum, on parle doucement pour ménager sa susceptibilité), voyez ce jaune éclatant qui contraste avec les taches noires de son dos !
"Est-ce que cela te convient Monsieur le criquet ?
-Oui, mais tu n’as pas parlé de mes beaux tibias !
Bon, alors regardez bien les tibias bleus du Criquet marcheur(nom francisé de Podisma pedestris) "
En y regardant de près on voit des pattes sauteuses aux tibias bleus, oui oui bleus ! L’intérieur du fémur postérieur est souligné de rouge !
C’est un criquet sauteur grâce à ses puissantes pattes postérieures. Avec des ailes réduites à des moignons il ne peut pas voler.
Avec ses couleurs vives on l’aperçoit sur les buissons bas de la végétation montagnarde. Inquiété il y trouve un refuge et disparaît de notre vue.


C’est ensuite dans les Alpes maritimes à 2300m que j’ai vu ce sympathique couple de Podisma.On peut le rencontrer jusqu’à 2600m d’altitude. Certes jamais en nombre mais bien visible sur l’herbe déjà bien desséchée de la mi-août.

"Bonne route les amis! Attention à l’atterrissage!"

dimanche 30 août 2009

Jeux de couleurs sur les ailes du papillon le moiré lustré (Erebia cassioides)!

Les ailes des papillons ont une structure faite d’écailles qui réfléchit la lumière et leur donne cette belle coloration que nous admirons quand ils volettent de fleur en fleur !
A 2300 mètres d’altitude, il existe encore de recoins fleuris en cette fin de mois d’août !
Le long de cette petite faille plus humide que les prairies avoisinantes on trouve renouées, carottes sauvages et des adénostyles à feuille d'alliaire(merci Foise) ! sur lesquelles se pressent papillons et insectes.
C’est là que j’ai rencontré 2 ou 3 variétés de moirés. Les moirés sont des papillons bruns avec des taches oranges ornées d’ocelles noires avec un point blanc ! Ce sont ces taches oranges, et les ocelles, leur nombre, leur taille et leur disposition qui permettent d’attribuer un nom aux papillons
Ils s’appellent tous Erebia mais c’est l’adjectif qui suit qui est déterminant : j’ai ainsi compté 47 moirés dans mon guide !

Erebia cassioides butinant les fleurs d'adénostyle.

Et maintenant en vue verticale !

Mais après vérification nous avons bien affaire au moiré lustré. C’est un papillon des prairies alpines. Et voici la particularité de ce papillon : on voit nettement du bleu et du vert sur les images.

Les écailles décomposent la lumière en bleu et en vert!

Ce phénomène est lié à la structure des écailles qui striées, renvoient la lumière en la décomposant.
C’est l’angle selon lequel l’aile est éclairée qui détermine sa couleur que l’on voit à certains moments
La couleur brune est donnée par la mélanine qui colore les écailles ; c’est la couleur de base de ces papillons.

Encore davantage de couleurs!

Ici le phénomène est encore plus étonnant puisqu'on y voit en plus du rouge
Je ne sais si mes explications sont claires, mais c’est un phénomène optique connu. C’est la première fois que j’arrive à le mettre en images.
De ce même phénomène nous viennent aussi les changements de couleurs observés chez d’autres papillons je pense au grand mars changeant que je n’ai fait qu’apercevoir et j’étais tellement subjuguée par ses couleurs que je n’ai même pas sorti l’appareil du sac !!

Pour ceux qui veulent en savoir plus voici des liens dont avait parlé Frémalo :
La couleur des papillons

Les autres sujets consacrés aux papillons sur ce blog:
le sylvain azuré
la belle dame , un papillon migrateur

mardi 25 août 2009

Anonconotus alpinus : une sauterelle montagnarde.

Ces petites sauterelles se rencontrent en altitude ! J’ai vu les premières à partir de 1600 m sur les pentes du Mont Serein.
Ce qui a attiré mon regard, c’est leur couleur sombre.
Quand il fait chaud, nous mettons des vêtements clairs pour renvoyer les rayons solaires de façon à ne pas avoir trop chaud.
Là c’est l’inverse : pour garder la chaleur du soleil qui réchauffe moins que dans les zones de plaine, ces sauterelles d'altitude arborent une livrée sombre !

Ma première rencontre avec un mâle !

Mais pour accroître la difficulté de ceux qui essaient de trouver leur nom, Anonconotus se présente sous des couleurs variées : un peu de vert, beaucoup de brun et même du noir !

Une femelle de couleur brune !

Une caractéristique commune à toutes ces sauterelles : leurs belles antennes qui sont jaunes à la base et ensuite virent au fauve.
Une autre particularité : leurs ailes, elles sont symboliques : chez les mâles, les élytres se recouvrent l’une l’autre ; chez les femelles elles sont disjointes et disposées de part et d’autre du pronotum, bien plus petites encore que celles des mâles.
Autant vous dire que vous ne risquez pas de les voir s’envoler ! Mais disparaître dans la végétation oui ! Et vite !

Vite vite je retourne me cacher dans l'herbe!

Continuons notre petite leçon d’anatomie orthoptérique ! Voici la patte postérieure de notre belle anonconotus alpina !
Anonconotus (decticelle montagnarde ou analote des Alpes) fait partie de la sous famille des Decticinae qui se reconnaît à la présence d’une paire de plantules libres au-dessus du premier article du tarse postérieur. Les tarses sont les 3 pelotes qui forment le pied ; celui est terminé par une griffe.
Une caractéristique d’Anonconotus alpina est la présence de quatre éperons apicaux aux tibias postérieurs.

Détail de la patte postérieure (la plus grande) d'Anonconotus alpina.

Le dessous du corps est gris ce qui est bien visible en regardant cette femelle grimper pour prendre de la hauteur.

Dessous du corps gris, dessus verte et brun sombre.

Ainsi en cherchant les caractères qui sont propres à une espèce on arrive progressivement à trouver son identité !
Cette Analote présente des sous- espèces selon les massifs où elle vit. Ainsi il existe une variété aux ailes encore beaucoup plus courtes chez le mâle et quasi inexistantes chez la femelle ! Je suis sûre que ce ne sont pas les exemplaires que j’ai rencontrés en parcourant le col des Champs ou celui de la Cayolle car j’ai bien retrouvé les éléments qui identifient la variété alpinus!


Autres articles se rapportant aux sauterelles.

Tylopsis liliifolia , le phanéroptère feuille de lys
La sauterelle et le spermatophore : la reproduction des sauterelles
Identifier une sauterelle : le barbitiste fischeri
Des articles plus anciens :
Ephippiger provincialis