samedi 21 juin 2014

Attelabus nitens, l'Attelabe du chêne ,un charançon rouge et noir fabricant de cigares!


Parmi les coléoptères, les charançons sont nombreux, variés de taille, couleurs et formes.

Alors quand je vois sur un jeune chêne des individus rouges et noirs qui se promènent, immédiatement je m’arrête. Comme d’habitude si on bouge la feuille le coléoptère se laisse tomber au sol.

Mais heureusement cachés sous les feuilles d’autres font une sortie, histoire de voir si le calme autour de leur plante nourricière est revenu.


Attelabus  nitens, Attelabe du chêne


Voici Attelabus nitens. Taille entre 5 et 6,5 mm.

Mon exemplaire est grand c’est sans doute parce que c’est une femelle.
L’insecte se rencontre partout en France, il est lié aux chênes. Mais comme en forêt ces arbres ont de belles tailles, on ne voit pas les visiteurs. Je n’en ai jamais vu sous mon grand chêne, alors que dans la garrigue aux alentours de 1000m d’altitude j’en ai vu au moins 6 sur une petite repousse de chêne.

J’ai trouvé sur le forum le Monde des insectes , un message clair qui permet de reconnaître l’insecte et de faire la différence avec les autres charançons qui lui ressemblent. Le rostre court et large oriente vers les  les Rhynchitinae.

Et ensuite il faut regarder les tibias : sont-ils denticulés ou lisses?.
Attelabus  nitens, attelabe du chêne , vue de face, un rostre large.



Ici ils sont tous bien denticulés. Continuons à vérifier si les détails décrits sont présents :

« Tibias denticulés au bord interne, tous munis d'un éperon apical interne. Ongles connés, épaissis à la base, non appendiculés. Abdomen à segment 1-2 soudés par une très fine suture »

Attelabus  nitens,ongle conné

On voit les petites dentelures et non pas un mais deux éperons apicaux ! En retournant aux sources c’est-à-dire le Hoffamnn*, je lis que c’est un caractère sexuel secondaire : les mâles ont un seul éperon, les femelles deux. Nous voici en présence d’une femelle.
La suite de l’expression fut difficile à comprendre :
« Ongles connés, épaissis à la base, non appendiculés. »

Un gentil contributeur en donnera l’explication:
"cela signifie qu'ils sont soudés sur leur premier tiers. Un clair, tu imagines qu'il n'y ai qu'un seul ongle bien cylindrique, qui au bout d'un tiers de sa longueur est divisé en deux par une grande encoche. Normalement les ongles, quand ils sont "normaux" sont individualisés sur le dernier article des tarses"

C'est vraiment visible sur la photo du détail de la patte.

 

Attelabus nitens correspond à la description de l’espèce type :

Attelabus  nitens,, deux dents à l'apex du tibia, c'est une femelle


 
"le dessus glabre, brillant ; le prothorax, les élytres, le funicule antennaire, mais pas le scape,  rouges, tout le reste du corps noir"

Page 1687 du tome 3* on trouve aussi des schémas qui expliquent pourquoi on nomme ces insectes des cigariers. La femelle fabrique avec une feuille de chêne, un étui en utilisant un schéma particulier. .L’œuf est pondu le long de la nervure centrale de la feuille qui est ensuite formée en étui. Nous sommes fin mai début juin.

Attelabus  nitens,un coléoptère rouge et noir!


La larve s’y développe pendant un mois, s’y nymphose. En automne la feuille tombe au sol et l’adulte passe l’hiver attendant le printemps pour reprendre son activité et se reproduire.
Je n'ai pas vu de "cigares". Comme j'ai observé les insectes en altitude , leur activité  est sans doute plus tardive. Une fois l'avenir de l'espèce assuré, l'insecte aura fini son cycle.

Il existe une espèce voisine sur noisetier, je ne l'ai pas vue,  mais j'ai trouvé un cigare sur un de mes noisetiers.
Un cigare sur noisetier, une technique similaire à celle d'Attelabus nitens qui opère sur le chêne.
Nous avons ainsi une idée de leur aspect! Pour protéger leur œuf, la Nature a donné bien des idées aux insectes!

 

* Adolphe Hoffmann, Coléoptères Curculionides (Troisième Partie)

6 commentaires:

  1. Merci pour toutes les explications et pour ces très belles photos !
    Bisous et bon dimanche Lucie

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  2. Une sorte de cigare a laquelle il faut faire attention.

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  3. Magnifique billet Lucie ! J'aime beaucoup les charançons, mais je n'en ai pas vu souvent au Québec. Plus souvent dans d'autres pays. La technique du cigare est fantastique. C'est fou ce qu'on en apprend en venant te visiter. Merci et au plaisir de lire ton prochain billet. Amitiés !

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  4. Un bel habit rouge et noir pour ce coléoptère fabricant de cigares .
    Je vais regarder les chênes de plus près pour voir si j'en vois .
    Bises

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  5. J'ai déjà observé des feuilles roulées en cigare mais je n'ai jamais vu ce charançon là.
    Je rencontrais fréquemment Apoderus coryli quand je me penchais sur les bestioles, il est sur le bébêtes blog http://entomoquestions.canalblog.com/archives/2009/01/09/12021675.html

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  6. Toujours une grand précision de chirurgienne dans tes articles, Lucie... LOL!
    Il est d'un rouge intense qui attire forcément l’œil de tout le monde, même du nôtre!!
    Des photos très soignées en plus de ces précisions étonnantes!
    Bises à vous deux de nous deux et un bon été!

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Votre avis sur ce sujet m'intéresse;je lis toujours les commentaires avec beaucoup de plaisir, ...même si je n'y réponds qu'occasionnellement.