jeudi 12 juillet 2018

Hoplitis cristatula une abeille qui aime les mauves !


Photographier les insectes requiert de la patience, beaucoup de patience !
C’est le cas de ce billet. Il se déroule en 2 épisodes.
 Premier épisode, le 24 juin.
J’ai trouvé une belle abeille au creux d’une fleur de mauve sylvestre. Elle tenait tant à rester dans sa fleur que j’ai pu la transporter sur ma table, pour la photographier de plus près.
Hoplitis cristatula, butinant la mauve sylvestre

L’identification fut relativement facile. Ses ailes présentent 2 cellules cubitales et entre les griffes de ses pattes on observe une petite excroissance : un pulvillus. Ces deux caractères orientent vers la famille des Osmies.
Hoplitis cristatula, femelle

Ensuite la vue de ses mandibules  très fortes surmontées d’une pièce en losange ce qui les rend encore plus impressionnantes est une caractéristique qui m’a permis de retrouver l’abeille sur le site d’insecte.org.

Hoplitis cristatula, détail de la griffe 

Parfois c’est un chemin tortueux qui aide à trouver le nom de l’insecte, une photo qui ressemble sur le web, une recherche à partir du nom supposé, la lecture de certains forums spécialisés aident alors à confirmer l’identité de l’abeille.
Hoplitis cristatula, des mandibules bien développées

Ce fut le cas pour Hoplitis cristatula anciennement nommée Osmie cristata.
Identifiée, je me suis renseignée sur son mode de vie.

Hoplitis cristatula, des mandibules surmontées d'une excroissance en losange

J’ai appris qu’elle est liée aux Malvacae. Dans mon jardin j’ai depuis de nombreuses années quelques pieds de lavatère ponctuée. En plus cette année j’ai des mauves sylvestres et toujours un grand pied de mauve arbustive. Le choix est là. C’est une espèce oligolectique sur cette famille de plantes.
J’avais vu  Hoplitis cristatula butiner sur la mauve sylvestre. Mais aussi sur la lavatère ponctuée. Elle ne butine et n’utilise que cette famille de plantes (les Malvacées) pour se nourrir, nourrir ses larves et aussi  faire en partie son nid.

Hoplitis cristatula, une belle femelle

 Deuxiéme épisode :le 8 Juillet

Au début du mois de juillet, j’ai commencé à voir des pétales de fleurs de mauve découpés ! Et voilà où ma patience a été mise à rude épreuve. Je voulais voir la « découpeuse » à l’œuvre et surtout vérifier qu’il s’agissait bien d’Hoplitis cristatula. Il y a 3 endroits où poussent des mauves dans le jardin et apercevoir l’abeille à l’œuvre m’aura demandé 3 jours. J’avais beau me présenter à des heures différentes de la journée entre 8 h et 17 heures, ce n’est que le 3eme jour qu’enfin j’ai vu la technique employée.
Hoplitis cristatula au travail

L’abeille roule le pétale en partant du bord extérieur puis découpe un petit rouleau rose. La découpe n’est pas très régulière et avec très peu de mouvements le morceau rose entre les mandibules, la travailleuse s’envole vers son nid. Cela ne dure que le temps de quelques images et comme l’abeille s’active, la fleur bouge aussi !
Hoplitis cristatula on découpe après enroulement!

Le nid, que je ne cherche pas car il y a bien trop d’endroits possibles et souvent la végétation cache son entrée, est dans le sol. Cela peut être un ancien conduit de coléoptères. La fleur sert à tapisser les parois du conduit dans le sol, mais aussi à séparer les cellules, une couche de pétales surmontée par une couche de boue renforcée de petits cailloux.. Pour finir, elle fait un bouchon avec de la terre entremêlée de pétales, plus solide et surtout peu visible.
Hoplitis cristatula les premiers coups de cisaille sont les plus difficiles!

Le pollen de la fleur est collecté  pour en faire une bouillie qui alimentera  la larve de l’abeille. Elle utilise ainsi toutes les ressources de la plante pour assurer sa descendance.
Hoplitis cristatula: le travail avance!

A quoi sert donc la curieuse excroissance visible au-dessus des mandibules. J’ai trouvé peu d’explications, peut- être pour renforcer la mandibule lors des travaux dans le sol ?
Je suis très contente d’avoir pu observer cette  belle abeille plutôt rencontrée dans les régions du sud de la France.

Ici deux liens qui vous permettront d'en savoir davantage sur cette belle abeille:
-en anglais

lundi 2 juillet 2018

Megachile Willughbiella un joli couple d'abeilles solitaires!


Je ne pensais pas revenir si vite vous parler de cette belle abeille qu’est Megachile Willughbiella dont le mâle porte de si jolis gants blancs !
(Voir la publication précédente)
Megachile Willughbiella , joli couple d'abeilles solitaires, sur la lavande.

En abandonnant mon pied de fenouil trop agité à cause du vent, je me suis dirigée vers les lavandes où je souhaitais juste jeter un regard car elles se trouvent en plein soleil et à l’heure de midi il n’est conseillé de s’y attarder.
Je vois une abeille dans une position inquiétante, se balançant. Oh, encore un méfait de Napoléon ( l’araignée  Synema globosum) qui chasse à l’affût dans ces fleurs odorantes !
Megachile Willughbiella , des acrobates suspendus par une seule patte!!!

En m’approchant je vois qu’il n’en est rien.
Je suis en présence d’un couple d’abeilles occupé à assurer l’avenir de leur espèce.

Megachile Willughbiella , une vue rapprochée des acrobates!

C’est l’intense couleur rouille de la brosse ventrale de la femelle qui retient mon attention. D’autant que le mâle avec sa pilosité claire me rappelle la séance que j’avais faite il y a peu avec monsieur en gants blancs Megachile  Willughbiella! J’avais aussi lu que la femelle présentait cette brosse bien colorée.
Megachile Willughbiella , vue de face du couple

Il me faut m’approcher pour essayer de discerner un peu mieux les pattes antérieures  du mâle.
Il fait du vent et le couple se balance, la femelle juste accrochée par une patte. Mais le mâle lui, est fermement arrimé à sa compagne !
Megachile Willughbiella ,1: patte antérieure de la femelle, 2 :patte antérieure du mâle avec sa frange blanche,3 :mandibules de la femelle

Et en effet je vois les pattes blanches qui couvrent les yeux de la femelle.
Elle est toute fraîche et pas bien vieille.
Je vois par exemple que le mâle est bien plus poilu que mon sujet précédent et déjà les bords de ses ailes sont un peu abîmés.
Megachile Willughbiella femelle s'occupant de sa langue

Elle n’a pas encore un grain de pollen sur le corps, ses ailes bien intactes. Et surtout elle passera un bon moment à « exercer » sa langue. C’est un comportement que j’avais souvent observé chez des papillons juste éclos : ils déroulent et enroulent la trompe pour ajuster ses différents éléments.
Megachile Willughbiella femelle vue de face

Cette abeille aussi étire sa langue, que je découvre bien longue, entourée de 2 gouttières dont je pense qu’il s’agit de palpes labiaux.Elle possède de solides mandibules, n'oublions pas que c'est une découpeuse de feuilles et ses mandibules bien développées doivent être bien utiles.

Megachile Willughbiella femelle vue de face, 1:langue,2:mandibule,3: palpes labiaux

Cela durera encore un bon moment avant qu’elle ne se mette à butiner une fleur de lavande en y enfonçant presque toute sa tête !
Megachile Willughbiella , joli couple qui  aime la lavande!

Entre temps, j’ai encore vu un mâle s’approcher et madame lui a signifié une fin de non-recevoir en dressant son abdomen vers le haut.

Ce fut un très beau spectacle dans la lavande.
Mais je rassure les lecteurs, Megachile Willughbiella est une abeille présente partout en France et même plus au Nord, elle aime aussi les milieux urbains.

jeudi 28 juin 2018

Megachile willughbiella, un mâle d'abeille en gants blancs!



En faisant ma tournée du soir, le soleil bien caché par les nuages collés aux hauteurs avoisinantes, je repère sur une tige de lavande une abeille. Elle est bien accrochée et respire paisiblement, on voit son abdomen qui se soulève régulièrement.
Megachile willughbiella , mâle, tarses aantérieurs avec sa frange blanche.

En m’approchant, je remarque quelque chose d’insolite : ses pattes avant me semblent différentes de ce que je vois habituellement. Elles sont très blanches et épaisses. Je cueille doucement l’abeille et la porte sur ma table photo pour l’examiner. Les premières photos confirment que ses pattes antérieures sont très particulières. Les tarses (le pied) sont  très élargis et très poilus. Une pilosité blanche bordé de brun clair. .
Megachile willughbiella , mâle, détail des tarses antérieurs

Une petite recherche sur le net m’oriente vers des « Mégachiles mâles en gants blancs ». L’expression est bien choisie.
Il s’agit bien d’un Mégachile mâle. Les femelles n’ont pas de telles fantaisies aux pieds !
Pour reconnaître rapidement une famille d’abeille, je regarde sur les ailes les cellules dites cubitales : 2 cubitales  signifient Mégachile si on observe une brosse ventrale chez la femelle. (ou une Osmie si entre les griffes des pattes on observe une petite excroissance nommée pulvillus).
Megachile willughbiella , mâle, dort sur la lavande

Il n’existe que quelques mâles Mégachiles avec des gants blancs, mais il faut cependant essayer de savoir qui dormait sur la lavande.
Quatre espèces sont possibles :
  • Lagopoda, une des plus grandes : 14 à 18mm grande taille, tibias postérieurs épaissis et arqués ;frange blanche des tarses  avec des extrémités noires
  • Maritima ressemble à Lagopoda, un peu plus petite, frange des tarses : blanche  à extémité brunâtre
  • Willughbiella, nettement plus petite que les précédentes, mais les tibias postérieurs sont normaux, commune en zone urbanisée. Mon sujet mesure 13mm.

 
Megachile willughbiella , mâle, détail des antennes
  • Nigriventris : une dent externe sur la mandibule, beaucoup plus rare, se rencontre surtout en montagne.

Tout m’oriente donc vers Willughbiella. De plus d’autres détails s'ajoutent pour confirmer :
  • le dernier article des antennes est plus ou moins visiblement dilaté, c’est bien visible sur la photo ci-dessus.
  • Le premier article du tarse postérieur est étroit, long, 3 fois plus long que large, aux côtés parallèles

  Sur cette super page en allemand  j’ai trouvé un détail intéressant :
  • la largeur de la frange tarsale est égale au moins à la largeur du métatarse ce qui me semble bien le cas. Ce qui n’est pas le cas pour les autres Mégachiles à frange blanches.

Megachile willughbiella , mâle, détail la frange, on note une épine à l'apex du tibia

La largeur de cette frange et le dernier article de l’antenne aplati, dilaté se rejoignent pour confirmer cette identification.

A quoi servent cette frange et ces tarses élargis ?

Lors de l’accouplement le mâle tient la femelle et des glandes  odorifères libèrent des « parfums »   captés par les antennes de la femelle. Monsieur a non seulement des beaux gants blancs pour conquérir madame, de plus il est parfumé !
Megachile willughbiella , mâle, joli mâle en gants blancs!

Ce qui est sûr que cela attire le regard de l’observateur curieux !!.

Cette abeille solitaire  niche dans le bois mort, sous les écorces dans des anciennes cavités de coléoptères.
La femelle est une découpeuse de feuilles d’arbres variés et se nourrit de pollen sur des fleurs variées (polylectique).
J’ai trouvé cette particularité physique de ce mâle très intéressante et je suis toujours admirative de ces petits détails que la Nature a distribués dans ce petit monde qui nous entoure. C’est aussi une des raisons pour laquelle j’écris et je publie ces photos !




samedi 23 juin 2018

Amphimallon majale , hanneton européen


Tous les ans ou presque je trouve dans le sol un de ces « hannetons » .Soit encore dans sa coque de terre ou juste en train d’en sortir.
Amphimallon majalis toujours adulte, la technique repli des ailes pas encore au point.

 Je ne les vois jamais en vol, et je ne peux pas dire qu’ils occasionnent des dégâts dans le jardin.
Amphimallon majalis à côté de sa coque qui l'a vu se métamorphoser, il reste encore son exuvie

 D’ailleurs ce sont des larves qui sont nuisibles puisqu’elles s’en prennent aux racines des plantes. .

Amphimallon majalis larve en cours de métamorphose.



Les hannetons sont nombreux et font partie de la grande famille des Scarabaeidae et mes sujets sont dans la sous famille des Melolonthinae..

Amphimallon majalis détail du tibia avec ses deux épines, celui de la patte antérieure est transformé en pelle!

 Pour arriver à cette détermination  il faut franchir plusieurs étapes:
  •  Le meso tibia ( tibia intermédiaire) avec 2 épines montre l’appartenance à la sous famille des Melolonthinae.(photo ci-dessus) 
  • Cette famille comprend plusieurs genres dont les    Amphimallons qui ont des antennes de 9 articles.(photo ci-dessous)


Amphimallon majalis détail des antennes avec les 9 articles

Ensuite pour arriver à l’espèce, il faut regarder les élytres et le thorax . Recouverts de fines  soies couchées pour les élytres et un thorax, densément et finement ponctué, nous voilà à  A.majale .

Amphimallon majalis des soies couchées et de fines ponctuations.

Autre détail, le pronotum est sinué latéralement, de longues soies bordent les côtés  les élytres .

Amphimallon majalis pronotum sinué latéralement
Après l'avoir vu morceau par morceau, voici à nouveau mon sujet vu de dessus
Amphimallon majalis  vue dorsale
Et de dessous , joliment poilu sur le thorax et avec de puissants fémurs .
Amphimallon majalis vue ventrale

Comme tous les « hannetons », il n’est pas bien vu dans les jardins. C’est en juin qu’ils apparaissent après avoir passé un ou deux hivers dans le sol.Et c'est le soir qu'on les voit le plus!
Voici un lien  sur le site du Monde des insectes qui aide s'y retrouver.

mardi 12 juin 2018

Catalogue sur plantain!


Ce n’est pas une plante qui attire beaucoup l’attention, mais un pied de plantain  lancéolé (Plantago lanceolata) est actuellement en fleurs au fond du jardin . J’ai été étonné du nombre d’insectes qui y trouve table mise à leur goût !
C’est l’occasion de vous en présenter quelques-uns.
Melanostoma scalare femelle.

Dans la catégorie Diptères voici  Melanostoma scalare qui sont présents en nombre. Ces Syrphes se nourrissent sur les fleurs mais leurs larves consomment bien des pucerons ! D’où leur utilité !

Phaneroptera nana juvénile

Autres insectes vus régulièrement sur ces minuscules fleurs dont les étamines doivent être délicieuses : des juvéniles de sauterelles. Alors que la grande sauterelle verte est presque adulte au mois de juin, Phanerotera nana est encore aux premiers stades de son développement. Ses longues antennes et son costume ponctué  sont amusants à observer.

Rhacocleis poneli juvénile

J’y ai vu aussi un autre juvénile de sauterelle.

Rhacocleis poneli juvénile

Je pense qu’il s’agit peut-être de Rhacocleis poneli qui vit dans cette zone.
Voici une page où je la présentais.

Cyrtosus cyanipennis femelle avec Melanostoma scalare, femelle, entre filles!


Un petit coléoptère à l’allure amusante ,Cyrtosus cyanipennis, quand il s’agit d’une femelle on dirait que la couture de son abdomen va se défaire tant il est tendu.
Cyrtosus cyanipennis femelle

C’est peu visible ici, mais c’est une femelle, le mâle à les antennes un peu différentes.

Enicopus ater femelle

Un autre coléoptère entièrement noir et poilu,Enicopus ater
 c’est aussi une femelle le mâle à les tibias arrières avec un crochet en plus !
Oedemera nobilis femelle

Une autre femelle d’Oedemera nobilis, le mâle a les fémurs arrières très gros !
Vous remarquerez que les femelles sont en nombre : sérieuses elles s’alimentent bien pour remplir leur rôle de reproductrice.

Juvénile de punaise Palomena prasina

Les juvéniles aussi sont bien représentés, outre les sauterelles voici aussi une petite punaise : Palomena prasina.

Cicadelle Aphrodes makarovi probable

Et ici une cicadelle peut être Aphrodes makarovi, mais sans aucune garantie!

 Et pour finir en beauté voici un trio!

 Psilothrix viridicoerulea. avec des Syrphes
Entre les Syrphes un petit coléoptère entièrement vert, Psilothrix viridicoerulea.

On voit ainsi que cette très modeste fleur est extrêmement nourrissante pour beaucoup d'insectes, juvéniles et adultes.
On peut ainsi de temps en temps regarder ces plantes  peu spectaculaires bien utiles dans un jardin!