dimanche 4 août 2019

Distoleon tetragrammicus : quelques portraits d'un insecte surprenant mais inoffensif.



Je rencontre au moins une fois par été ce membre de la famille des fourmilions, les Myrmeleonidae, dont la larve  ne fait pas d’entonnoir , mais vit dans la litière sèche.. 
Distoleon tetragrammicus sur mon pouce

On le trouve  près des chênes et des pins.C’est un insecte que l’on trouve depuis le sud de la région parisienne dans la partie méridionale du pays, pendant la période estivale.

Distoleon tetragrammicus ailes  bien fermées.

D’une taille d’environ 6 à 7 cm pour les femelles, l’identification ne pose pas de problème grâce à la Clé de détermination des Myrmeleontidae de France de Matthieu GIACOMINO
Voici ce qu’il faut regarder :

Distoleon tetragrammicus détail aile postérieure


  •    Sur l’aile postérieure : seulement 1 à 2 nervures transverses entre la nervure radiale et la nervure médiane 
Distoleon tetragrammicus détails aile antérieure

  •       Sur l’aile antérieure :  la nervure A1(anale) non parallèle à CU2(cubitale) et au bord de l’aile voir photo
Distoleon tetragrammicus détail du dos , on peut aussi observer les éperons des tibias avant


  •      Les éperons des tibias antérieurs sont plus longs que les 3 premiers articles des tarses.

Distoleon tetragrammicus détails du dos.*

Une petite aide fournie par le site insecte.org : deux taches aux ailes postérieures, formant une ligne perpendiculaire au bord antérieur de l'aile...
Distoleon tetragrammicus on peut observer les taches sur l'aile postérieure

D’habitude l’insecte replie ses ailes sur le dos et on ne voit pas bien la nervation des ailes qui est importante pour être sûre de la détermination. Là au fond de mon bol il s’est bien étalé pour que je puisse avoir une vue nette !

Distoleon tetragrammicus  la tête , impressionnant mais inoffensif*

L’adulte est totalement inoffensif, il vole assez lourdement et consomme du pollen. Ce sont les larves qui sont carnivores.

Distoleon tetragrammicus  la tête de plus près*
Encore d'autres portraits vus  de près
Distoleon tetragrammicus  un oeil coloré!*
Et pour le plaisir les yeux.

*
En espérant que vous puissiez le rencontrer au cours de vos promenades estivales, dans la journée il se tient tranquille dans les herbes, la végétation..
*Images grossies 3 fois.

lundi 29 juillet 2019

Coelioxys argentea mâle, une abeille parasite.


En observant les visiteurs dans les fleurs autour de la lavande j’ai croisé à 2 reprises des abeilles qui m’intriguaient. Au premier regard je les ai prises pour des Mégachiles avec cet abdomen bien noir et des bandes blanches. Mais  leur allure générale ne correspondait pas et surtout l’apex de leur abdomen ne ressemblait pas à ce que je connaissais.
Regardées de près sur l’ordi les premières images m’ont orientée vers les Coelioxys.
Coelioxys argentea mâle

Pourquoi ?

Ce sont des abeilles principalement noire et avec un abdomen pointu (davantage encore chez les femelles.) En lisant des ouvrages consacrés aux abeilles solitaires il est des espèces que l’on reconnait en les voyant, c’est le cas des Coelioxys.
Coelioxys argentea mâle,des yeux poilus *

Il s’agit ensuite des vérifier  si les caractères du genre sont présents et d’aller plus loin en déterminant leur espèce.
Avec  13 articles aux antennes et 7 tergites nous voilà avec un mâle.
Les Coelioxys se reconnaissent à :
  • des yeux poilus( ce qui se voit peu car ce sont de tout petit poils !)
  • des épines au scutellum, bien visibles , elles
  •  des épines eu sixième tergite( bien visibles aussi)
    Coelioxys argentea mâle,des épines au scutellum*

Pour déterminer l’espèce je me suis d’abord servie de ce que j’appelle la clé suisse(Amiet., Fauna helvetica)
Un détail important à chercher , mais difficile à voir : la pointe émoussée visible sur la coxa de la patte antérieure.
Pour cela il faut convaincre l’insecte de se mettre sur le dos ; des chatouilles avec un pinceau aident !
Coelioxys argentea mâle une pointe émoussée sur chaque  coxa 1*

Cette pointe classe l’insecte dans le genre Coelioxys (il existe des sous-genre).
Mais ensuite je me suis rapidement trouvée fort dépourvue comme disait la fable, car aucune des options proposées ne correspondait à mes sujets.
 C’est le problème des espèces des régions sud qui offrent des variétés différentes.
J’ai trouvé une clé en anglais avec photos, mais pas de succès.


Coelioxys argentea mâle une pointe émoussée sur chaque  coxa 1, autre angle de vue*
Je cherche toujours des documents espagnols car on y rencontre des espèces que l'on peut voir chez nous.

Et voilà que je m’y retrouve.
(Claves de identificación para las especies ibéricas
del género Coelioxys latreille, 1809 par F. J. Ortiz-Sánchez, F. Torres & C. Ornosa.)
  • Ce qui est à noter c’est la présence sur le corps de poils et de squamules ( squamules à voir surtout sur les parties distales des tergites , là où elles forment un triangle blanc).
Coelioxys argentea mâle abdomen avec  écailles et poils*

  • Ensuite, la présence de l’épine sur la coxa 1, les poils et les squamules sur le corps ainsi que la présence de 6 épines sur le tergite 6 nous donne le sous-genre  Mesocoelioxys
  • Coelioxys argentea mâle détail du T6*

Puis tout est facile car il n’existe qu’une espèce dans ce genre: Coelioxys argentea.

La description et le schéma du tergite 6 correspondent .
C’est la conformation de ce tergite qui est particulière :elle comprend deux fines épines latérales et 4 dents centrales plus fortes. Celle-ci sont superposées: deux d’entre elles pointant vers l’extérieur, les deux du dessous plus fortes.

Coelioxys argentea mâle en blanc et noir

Je chercherai  et trouverai  confirmation dans la clé russe traduite par Alex Descamps (Clef de détermination des insectes de la partie européenne d'URSS, Tome III.).
Coelioxys argentea mâle, un bel insecte

Quelle est la particularité de ce genre d’abeilles ?

Ce sont des parasites. La femelle pond son œuf dans une cellule partiellement approvisionnée par la propriétaire du nid.
Les nids parasités sont ceux de Mégachile, d’Osmie, d’Anthidie et d’Anthophore. Je n’ai pas trouvé quelle espèce en particulier est parasitée par C. argentea. Chez moi, c’est la première année que je les vois, ce qui ne veut pas dire qu’elles n’étaient pas présentes , mais sans doute pas en nombre.

*Images grossies 3 fois

mardi 23 juillet 2019

Megachile albisecta mâle...de retour au jardin.


L’an passé j’avais photographié un couple de Megachile albisecta sur la lavande.
Cette année ils sont de retour.
Megachile albisecta mâle en blanc et noir!

J’ai toujours beaucoup de plaisir à revoir d’une année sur l’autre les insectes que j’ai identifiés. Et encore davantage quand il s’agit d’abeilles solitaires. C’est d’abord un mâle que « j’ai cueilli » sur un pied de lavande au petit matin.
Megachile albisecta mâle  je m'accroche , je m'accroche!

Et transporté au bout de mon pinceau sans problème. Il me donnera l’occasion de le photographier sur tous les plans et d’essayer d’y voir les critères déterminant.
C’est un  Mégachile, abeille ne présentant que 2 cellules cubitales( visibles sur la photo ci-dessous)
Ensuite il n’y a pas de pulvillus entre les ongles des pattes, on peut éliminer les Osmies .
Megachile albisecta mâle  on voit le tergite 6 dentelé.

Par élimination d’autres familles on reste à celle des Mégachile. Les femelles ont une jolie brosse ventrale pour récolter le pollen.
Megachile albisecta mâle ,de face avec ses puissantes mandibules

Mais notre mâle reconnaissable  à ses antennes avec 13 articles  et ses 7 tergites (segments de l’abdomen) est surtout identifiable grâce à la forme particulière des derniers segments de son abdomen.
Megachile albisecta mâle ,vue du tergite 6 denté et de la pointe de tergite7, triangulaire.*

D’une taille de 13 mm , cette partie terminale de l’abdomen est peu visible d’une part à cause de la pilosité qui cache des détails et surtout de la façon dont l’insecte replie la dernière partie de son corps qui rend en particulier le septième tergite, le plus petit, peu apparent.

C’est en le laissant évoluer sur la tige de lavande mise à sa disposition que je verrais ces détails.
Intéressé par la recherche du nectar au fond de la fleur, il me laisse le temps de faire des images.
Megachile albisecta mâle , la lavande : un régal!

Je ne résiste pas au plaisir de vous présenter sa jolie tête avec sa coupe impeccable, pas un poil qui  ne dépasse, des poils bien blancs impeccablement peignés. Sur le dessus de la tête et le pronotum on distingue une pilosité plus rousse.
Megachile albisecta mâle ,  une coiffure impeccable.*

La vue de face nous permet de voir de solides mandibules !
 Revenons aux derniers tergites si déterminants. 
Ce sont des détails trouvés dans la traduction d’une clé russe disponible sur le net qui m’aident (Clef de détermination des insectes de la partie européenne d'URSS, Tome III.)
Megachile albisecta mâle ,  Tergite 7, caréné et en forme de triangle*

  • Le tergite 6 avec une carène longitudinale avec de grandes dents sur le bord apical, et généralement sans cavité au milieu. Partie apicale des tergites sans poils feutrés.
  • Tergite 7 étroitement triangulaire avec une carène longitudinale
  • Tergite 5 couvert de poils clairs dressés.
    Megachile albisecta mâle ,  la tête vue de dessus.*
Les tarses des pattes avants sont aussi parfois couverts de poils blancs ce qui est davantage visible sur les photos faites dans le jardin avec le second individu qui visitait les fleurs d'Echinops ritro.Mais ils ne sont pas déformés comme certains d'autres Mégachiles comme ici , Mégachile willughbiella.

Megachile albisecta mâle , autre individu sur Echinops ritro


 Je n'ai photographié jusqu'à présent que des mâles, mais j'ai vu des femelles avec leur belle brosse de récolte orange. Très pressées elles ne s'arrêtaient que peu et je ne voulais pas les ralentir dans leur utile tâche d'assurer la descendance de leur espèce.
Megachile albisecta mâle , autre individu sur Echinops ritro, d'un peu plus près.

C'est une abeille estivale et qui se rencontre en Europe du sud. En France c'est aussi dans le sud du pays qu'on peut la voir butinant aussi sur les fleurs des chardons.

*Images grossies 3 fois

vendredi 19 juillet 2019

Chelostoma foveolatum mâle dort dans une clochette....de campanule!


Hier matin en faisant mon tour de jardin, j’ai jeté un œil à l’intérieur des clochettes de campanules . Et surprise 3 d’entre elles étaient occupées par des abeilles.
Chelostoma foveolatum mâles dormant au fond des clochettes des campanules.

Je sais que certaines espèces d’abeilles solitaires sont étroitement liées aux campanules . J’ai donc invité quelques squatters à une séance photo.

Ensuite commence mon enquête: comment arriver à en trouver le nom?
Chelostoma foveolatum mâle*

Voici ce que l’on peut voir. L’abeille est quasi toute noire et ne présente que peu de pilosité en particulier sur l’abdomen.
Mais on voit que les ailes antérieures présentent 2 cellules cubitales et les tarses sont pourvus de pulvillus(photo ci-dessus).
La taille aussi est importante: elle mesure entre 6 et 7 mm.
 Aile antérieure de Chelostoma foveolatum mâle, avec 2 cellules cubitales*

Précieuses indications !
Avec cela je consulte la clé des Megachilidae de Belgique de Pauly car ces abeilles n’ont que 2 cellules cubitales.
Pour trouver le sous genre je navigue un peu à vue car mes sujets sont des mâles (13 articles aux antennes).
Mais il n’y a pas de couleur jaune, le scutellum n’a pas de dent latérale. Et les pattes présentent des pulvillus entre les tarses et ce ne sont pas des Osmies car le corps est plus allongé que chez les Osmies ( qui sont plus trapues).

 Chelostoma foveolatum mâle,vue de face*

Il me reste  deux choix de famille : Heriades ou Chelostoma.
Heriades présente un abdomen tronque ( voir ici) .

Je vais donc explorer la famille des Chelostoma.
4 espèces sont présentées et aucune ne correspond à mes exemplaires.
Ce qui est souvent caractéristiques pour les mâles c’est l’aspect du dernier segment abdominal, le 7 ème.

Chelostoma foveolatum , mâle tergite7

Or les photos présentées et décrites ne présentent pas ce que je vois.
Je change alors de document, délaisse la Belgique  et me tourne vers la Suisse.
J’utilise alors les "clés d’Amiet "(Fauna Hevetica, Apidae 4) où je retrouve la famille des Chelostoma avec 7 espèces.

Le tergite 7 peut présenter 3 lobes, 1 ou 2 lobes ou pointes .
Le seul qui présente une pointe est donc Chelostoma foveolatum !

Je continue mes recherches pour trouver une confirmation. Et un document espagnol présente une photo de ce fameux tergite 7
Il correspond bien à ce que j’ai sous les yeux.De plus la description confirme ce que je vois : une pilosité jaunâtre sur le thorax, des tergites quasi glabres.Le tergite 7présente une pointe et non un lobe, il présente un creux rond à la base.

Quelques précisons sur le mode de vie de ces  abeilles solitaires. On les rencontrent dans le sud de l’Europe , en France jusqu’en Alsace. De la mi juin au début août.

Au cours de ma séance photo j'ai eu l'occasion d'observer une scène que l'on voit parfois chez les insectes: la régurgitation d'un liquide qui forme alors une bulle.
Chelostoma foveolatum qui bulle!*
En voici le détail
Chelostoma foveolatum qui bulle! Détail*
Quand je photographie un insecte je le laisse courir sur une feuille de papier blanc et j'ai à ma portée un petit pot en verre que je pose sur lui quand je vois qu'il montre des signes de fuite. Souvent cela fonctionne mais pas toujours et mon captif s'échappe. La plupart du temps il va vers le fond du pot et j'ai quelques instants pour le photographier c'est ce qui explique les traits derrière cette image.
Chelostoma foveolatum récompensé après la séance photo!*
Quand on voit l'abeille se nourrir on se rend compte combien la langue, longue est adaptée pour aller chercher la goutte de nectar au fond du calice de la fleur.
Les femelles nichent dans d'anciennes galeries de bois mort.Les cellules sont séparées par des parois de mortier.Elles sont oligolectiques, c'est dire spécialisées sur les campanules dont elles recueillent le pollen.C'est ce qui explique la présence des mâles qui les attendent sur ces fleurs.
En faisant ma tournée du soir je suis allée vérifier le contenu des clochettes presque fermées : elles étaient bien occupées par ces mâles , l'abri leur assure un repos sans risque! 
*photos grossies 3 fois

lundi 8 juillet 2019

Tetralonia malvae femelle (Eucère de la mauve) aime les Mauves



Comme l’an passé, j’ai retrouvé les mâles de la belle Tetralonia malvia en train de dormir dans les Lavatères ponctuées.Voir ici 
 
Tetralonia malvae femelle au butinage sur la Mauve sylvestre
Comme l’an passé j’ai observé les femelles en vol rapide, les pattes arrières chargées de grains de pollen bien blanc prélevé sur les étamines ; mais j’ai eu la chance de cueillir une femelle peut être moins bien réveillée que ses copines.
Et nous avons passé un petit moment ensemble à lui tirer le portrait.
Tetralonia malvae femelle avant d'être couverte de pollen.

Quelques informations disponibles sur le net ici 
  •  base et marge terminale de  tergites 2 et 3 avec bande feutrée(les bandes blanches encadrent alors une zone brune)
  •  Sur le T4,(tergite4) il y a uniquement une bande  feutrée blanche à la fin du tergite 
  •  le dernier tergite porte une pilosité blanche sur les côtés mais brune au centre.


Tetralonia malvae femelle détail de l'abdomen avec ses bandes feutrées blanches

  • pilosité de la brosse tibiale 3 clairsemée.On le voit bien sur la photo du dessous où l'abeille n'a fait que peu de récolte. Alors que  sur les vues  prises lorsque les butineuses sont en pleine action , les grains de pollen cachent les  poils de la brosse. 

Tetralonia malvae femelle détail  de sa brosse tibiale  hirsute sur la dernière paire de pattes

  •  Si le clypeus du mâle est jaune, celui de la femelle est tout noir.

Tetralonia malvae femelle  avec  son clypeus  noir

Je vois ces belles abeilles en nombre sur les Lavatères ponctuées et les Mauves sylvestres depuis depuis le début du mois.
Tetralonia malvae s’appelle aussi(s’appelait) Eucera macroglossum et sur cette page en allemand se trouvent des infoscomplémentaires.

Tetralonia malvae femelle  en plein travail!


C’est une espèce qui vole de la mi-juin à septembre chez nous, mais c’est surtout au mois de juillet qu’elles sont les plus abondantes chez moi.
Tetralonia malvae femelle  une championne!

 Ce qui correspond aussi à la période où les Lavatères ponctuées et les Mauves sylvestres sont le plus en fleurs puisque Tetralonia malvae est oligolectique sur les Malvaceae.