vendredi 23 octobre 2020

Histoire d'un nid de Polistes nimpha: les mâles arrivent partie 3

 

Partie 3 : les mâles arrivent !

Depuis le mois de juin , pendant tout le mois de juillet et jusqu’au 4 août, il n’y  avait que des femelles sur le nid.

Le 4 août au matin je vois le premier mâle : il est vraiment facile à reconnaître, de dos si on voit les antennes, elles se terminent par une petite boucle et elles sont noires sur le dessus(celles des femelles rectilignes et orange à partir du 3eme article). De face c’est encore plus facile : la face est jaune depuis les mandibules jusqu’au –dessus des antennes( les femelles présentent plutôt un carré jaune qui entoure du noir).


Un mâle vu de dos

.

Je vois donc le premier mâle. Je vais continuer à observer la vie du nid qui va encore s’intensifier.

3 Mâles et 3 femelles!


Le 8 août un second mâle, le 16 un troisième, jusqu'à fin août où il y en 10 sur la photo annotée ci-dessous..

1 seule femelle et 10 mâles, à la fin du mois d'août.

Que font donc tous ces mâles ?

 Leur rôle premier est d’assurer la descendance de l’espèce. Ils s’y attellent peu de temps après leur émergence puisque le premier mâle est apparu le 4, la première copulation est vue le 10 aout.

On assure la pérennité de notre espèce!


 Evidemment il y en a eu bien d’autres que je n’ai pas vues. Voici d'autres photos montrant leur  rôle reproducteur, ici en essai, 

Il faut un peu d'entrainement!

 là à plusieurs ! 

Il y a de la concurrence!

Tout ce beau monde finira dans la végétation!

Pour déployer cette belle énergie nos reproducteurs, demandent à être nourris!

Les mâles ne chassent pas mais réclament de la nourriture aux ouvrières. Chaque fois que l’une arrivait de l’extérieur, ils se ruaient sur elle. Et parfois obtenaient satisfaction comme le montrent ces images.

La femelle arrive avec de la "viande"


 Le quémandeur obtient satisfaction. L'échange se fait.


                                           Monsieur se régale!

Dans une publication antérieure j’avais déjà montré ce mâle en train de buller.



 Ici au sens propre du terme. Mais sur le nid , les mâles se comportent en fainéants n’assurant pas leur nourriture et ne sont d’aucune aide au soin du couvain.

C’est bien ce que j’avais lu et je fus surprise lorsque l’un de ces mâles sauva l’honneur de la gent masculine en rafraichissant le nid à côté d’une femelle. Voici donc la preuve par l’image qu’un mâle participe au bien- être du nid !


Le mâle à droite qui sauve l'honneur de la gent masculine chez les Polistes nimpha en agitant vigoureusement ses ailes pour rafraîchir le nid! 

C'est sur cette note optimiste que s'achève cette partie consacrée aux mâles .

mercredi 21 octobre 2020

Histoire d'un nid de Polistes nimpha: la vie se développe, partie 2

 

Partie 2 : la vie sur et dans le nid

Après une interruption en juillet je retrouve le nid en août et quelle activité !

On peut alors observer des individus à plusieurs stades :

Un morceau du dernier cercle du nid avec des œufs  et des larves.

  • Au départ les œufs(1)
  • Ensuite des larves (2). Ce sont elles qui sont au fond des cellules et sont nourries par les femelles adultes.

Ici , en 1 une larve, en 4, l'émergence d'une nouvelle ouvrière.

La couleur des larves varie en fonction de leur stade de maturité, d’abord complètement translucides, on voit ensuite la tête devenir brunâtre quand elles sont prêtes à s’operculer. En effet à la fin du stade larvaire, la larve s’enferme dans la cellule en tissant un opercule de soie. Au départ cet opercule est blanc(3) mais avec le soleil il jaunit(2), puis brunit.

Le 11 la larve avec sa tête brune, le 12 elle s'est enfermée pour se métamorphoser.


C’est à l’abri des regards que la larve devenue nymphe, se transforme en imago.

Une larve sort la tête pour réclamer de la nourriture


Dans une première phase ce sont des ouvrières qui viennent épauler la fondatrice et ses aides. Elles nourrissent et entretiennent le couvain(5).


L'adulte est prêt à émerger en perçant l'opercule
 .

Le nourrissage

Arrivée avec la bouillie de viande.


Le nourrissage se fait de manière très rapide : une adulte arrive sur le nid et  après une rapide reconnaisse par les antennes par une « surveillante » , elle s’enfonce dans la cellule .

Prête à s'enfoncer dans la cellule


J’ai réussi sur cette longue période d’observation à avoir 2 ou 3 images de la bouillie rapportée aux larves. Les Polistes apportent uniquement « de la viande » pour nourrir les larves : chenilles, mouches, insectes divers.

Le mouvement rapide des ailes laisse une trainée sur l'image


La ventilation

 Par les jours très chauds j’observe aussi la ventilation : la guêpe agite très rapidement les ailes pour rafraîchir le nid. Si je le voyais bien, il me fut difficile de le rendre en images !

Les ailes figées au cours des mouvements très rapides pour ventiler le nid

Pour figer les ailes la vitesse est de 1/400 de seconde!

Et que fait -on la nuit? 

On dort sur le nid ou surtout dans les alvéoles vides!

Un nid au repos avec une ou deux "vigiles" .


Cette seconde phase se termine avec l’arrivée du premier mâle qui va un peu changer la vie sur le nid.


mardi 20 octobre 2020

Histoire d'un nid: des guêpes Polistes nimpha à l'oeuvre.

 

Voici la vie d’un nid de guêpes Polistes nympha au cours de l’été 2020.

1ére partie: la fondatrice et ses aides.

Je n’ai pas vu le début de la construction du nid. Un beau matin en observant ce qui volait au-dessus des fleurs d’immortelles stoechas, (Helichrysum stoechas), j’ai vu ce petit nid accroché au mur de la cour, à un endroit que je ne visite jamais au cours de la journée.


Nid attaché au mur par un solide pédoncule


Typique des guêpes polistes, il est formé d’une attache solide et de cellules  hexagonales construites en cercles à  partir de matériau « gratté » sur de vieilles tiges ou comme ici sur le bois du portail !

Nous sommes début juin et sur le sommet du nid, la fondatrice.

La fondatrice sur son ouvrage.


C’est une femelle fécondée à l’été précédent et qui a passé la mauvaise saison à l’abri d’un creux, d’un trou…C’est elle qui a fabriqué ce nid. Elle y a ensuite pondu des œufs .On voit que le matériau n'est pas très dense et les parois fines .

Où sont ces œufs ?

Je n’en vois qu’un au départ à travers la fine dentelle des cellules .

Au fond de la cellule, on voit un œuf accroché.


Quelles sont les attitudes observées ?

Le matin et le soir je vois la fondatrice perchée sur son nid ou derrière celui-ci.

Je ne la vois jamais très active.

Parfois je la vois complètement enfoncée dans une cellule. Je suppose alors qu’elle procède au soin d’une larve. L’œuf est enfoncé au fond de la cellule et le nid incliné vers le bas, je ne peux pas voir ce qui se passe à l’intérieur.

Dans la journée elle s’absente , mais il y a plusieurs endroits où je vois des « consœurs » se nourrissant sur les fleurs ou voletant sur la végétation.

Le renfort arrive, une seconde femelle adulte!


Mon observation commence le 9 juin et rien ne change jusqu’au 24 juin.

Voilà qu’au matin du 24 juin je vois 2 femelles adultes sur le nid. Je suppose que l’une d’elle est la fondatrice, mais la seconde ?

Ce n’est pas une nouvelle née mais une femelle adulte qui vient en renfort !En cherchant à en savoir davantage, j'apprend qu’il s’agit de femelles qui elles aussi ont passé l’hiver, et viennent en quelque sorte aider la fondatrice dans son travail d’élevage des larves. La fondatrice pond et ses aides nourrissent et veillent au bon fonctionnement de l’élevage.

A trois on travaille mieux!

Nous sommes le 27 juin et au matin je vois cette -ci 3 femelles adultes.

On s'active encore plus: les voilà maintenant à 4 à s'occuper des œufs et des larves!

Encore davantage de renfort le 28 juin.

C'est çà ce stade que s'arrêtent la première phase d'observation.

Il y a à l'œuvre une fondatrice restée seule jusqu'à la fin juin et 3 femelles adultes venues l'aider à la fin du mois.

Le nid ne présente aucune cellule operculée, c'est à dire fermée. Cela signifie que les œufs devenus des larves ne sont pas encore assez évolués pour la larve devienne nymphe.

Pour identifier une femelle de Polistes nimpha c'est ici et voir un mâle qui bulle c'est ici


samedi 26 septembre 2020

Anospilus orbitalis, chasseuse d'araignées.

 

Voici un hyménoptère d’une  famille, les Pompilidae, spécialisée dans la capture des araignées comme nourriture de leur larve(une seule araignée par larve et souvent une espèce précise par espèce de Pompile)

D’habitude on les voit courant rapidement sur le sol à la recherche d’une proie.

Celle-ci, une femelle, nous a rendu visite dans le salon en se promenant sur la fenêtre.

 Il en existe 150 espèces en Europe de l’Ouest.



Mon exemplaire mesure 14 mm, c’est une femelle car elle a 12 articles aux antennes. Une particularité des femelles Pompildae, c’est d’avoir les antennes recourbées enroulées quand elles sont mortes.

La mienne nous montre en partie ce détail quand elle est au repos : les articles des antennes ne sont pas parfaitement alignés . Mais pour moi, quand elle " redressait" ses antennes c’était le signal qui indiquait qu’elle allait se mettre à courir et qu’il fallait poser le bocal qui la recouvrait. Nous avons eu ainsi quelques poursuites sur ma table de photographie !

Ses fémurs arrière qui dépassent la moitié de l’abdomen, ses couleurs noires avec quelques tergites rouges , nous indiquent un Pompilidae.

Pour déterminer l’espèce je me suis servis d’une clé disponible sur le net ici

https://www.insecte.org/forum/viewtopic.php?p=87407#p87407

Voici les éléments que j’ai pu observer :

  • Partie déclive du propodeum sans dent ni arête vive
  •  Partie déclive du propodeum sans échancrure

Difficiles à voir sur les ailes sombres, les 3 cellules submarginales.


  • Trois cellules submarginales aux ailes antérieures
  • Toutes les griffes des pattes dentés
Le détail des griffes qui sont dentées et le pulvillus indiqué par la flèche.
  • Pas de brosse de soies épaisses au dernier tergite tout au plus quelques longues soies souples


De fines soies recourbées sur le dernier sternite

  • Antennes sans épaississement remarquable, si c'est le cas le pulvilli est important
    • Troisième cellule submarginale moins étroite, pas de coloration cendrée sur le gastre
    • Quelques longues soies souples sur le dernier tergite, bordure interne de l'œil rebordée de jaune-blanchâtre on arrive à  Anospilus
    Et en France il n' y a qu'une seule espèce nous voilà à Anospilus orbitalis.
    (Il existe bien une sous-espèce toute noire). Celle du jardin est la forme typique avec les premiers tergites rouges.

     


    Le détail qui fait la différence: ces fines lignes jaunes qui bordent l'œil à l'avant et l'arrière, ainsi que sur le bord latéral du pronotum.

    J'ai trouvé des infos sur cette guêpe dans un ouvrage ancien où elle portait un autre nom, mais la description correspond.(Faune de France 10; Berland)
    On y note cette fine ligne jaune qui conduit à Anospilus orbitalis, en y ajoutant une petite coloration jaune que l'on observe ici aussi sur les bord externe du pronotum.
    C'est une espèce méridionale qui chasse les Nemesia, araignées qui vivent dans des terriers.
    Pour en savoir plus sur ces chasseuses d'araignées , voici un article très intéressant: Les Pompiles, insectes chasseurs d'araignées par Edgar Gros.  

    samedi 19 septembre 2020

    Une surprise!


    En travaillant dans le jardin, il y a quelques jours, j’ai trouvé, sous une pierre, une chrysalide. Elle y était fixée. Je l’ai détachée et mise à l’abri dans un pot avec un couvercle transparent.


    Je m'attendais à voir émerger un papillon.


    J’ai  pris quelques images pour marquer une étape du développement de l’insecte. J’étais persuadée qu’il s’agissait d’un papillon de nuit, petit papillon certes, mais je suis toujours curieuse de voir qui se promène dans le jardin.

    Et en début de semaine quelle ne fut pas ma surprise de voir voleter un hyménoptère dans la boite !!

    Et voici un hyménoptère!


    En vérifiant que ladite boite était bien fermée que dans le fond y gisait l’enveloppe de la chrysalide et rien d’autre, j’ai dû admettre que cet hyménoptère était bien issu de la chrysalide.

    En y regardant de plus près il me fut facile de reconnaitre un Ichneumon, et une espèce que j’avais déjà vue dans le jardin : Ctenochares-bicolorus.

    Détail de la chrysalide (ailes et antennes du futur papillon)


    Cela vient confirmer que cet hyménoptère est bien un parasite de chenille.Il est connu pour parasiter les Chrysodeixis chalcites, pestes des tomates et autres plantes.

    En remontant un peu dans mes observations, je me souviens avoir vu de nombreuses chenilles de Chrysodeixis-chalcites, en particulier dans mes pots de basilic et les déloger fut dur!

    C'est la partie de l'abdomen distendue qui peut sembler suspecte!


    Il y a donc de fortes chances que c’est dans une des chrysalides de cette noctuelle que fut pondu l’œuf qui a donné naissance à l’imago émergé dans mon pot !

    Ctenochares-bicolorus


    C’est bien la chenille du papillon qui a « fabriqué » l’attache qui retenait la chrysalide à sa pierre, le crémaster. Elle a  été parasitée quand elle était déjà bien installée dans sa chrysalide où les formes du  futur  papillon sont bien visibles .

    Détail de la tête

    En regardant l'enveloppe délaissée de la chrysalide, j'ai pu observer que le mode d'émergence ne ressemblait pas à ceux qu'emploient habituellement les papillons. Ils fendent l'enveloppe sur le dos. Elle se scinde sous la marque du pronotum. Notre hyménoptère a émergé en se dégageant par la tête où il a fait un trou assez large pour y passer tout son corps.

    On sort par le haut!


    On le voit bien sur la photo ci-dessus, il a même fendu l'empreinte des antennes  de son hôte involontaire.
    Notre hyménoptère aura fait œuvre utile en éliminant ce papillon, certes joli mais plutôt néfaste à nos plantes cultivées.
    En faisant quelques recherches , j'ai vu que Ctenochares bicolorus poursuit son extension et  qu'il est arrivé aux Pays Bas et en Belgique, tout comme le papillon qu'il parasite!