vendredi 1 novembre 2013

Oxycarenus lavaterae et Oxycarenus hyalinipennis


L’automne est arrivé et certains insectes cherchent des refuges pour passer l’hiver. C’est le cas des punaises qui se rassemblent et cherchent des abris. Certaines cherchant même parfois à rentrer dans les habitations.

J’ai dans un petit coin du jardin une mauve arbustive dont je ne sais pas le nom, mais qui nous fait de très belles fleurs pendant toute la saison. Actuellement sur les fruits et les fleurs encore en boutons je vois bien des punaises, en particulier les fameux gendarmes. De temps en temps j’inspecte ces cohortes dans le but d’y voir les intrus. C’est ainsi qu’hier j’y ai vu des petits insectes aux ailes transparentes.

Après examen il s’est avéré qu’il y avait là deux espèces de punaises. Très petites, les unes noires , et l’autre avec un abdomen rouge et des ailes partiellement rouges.
Oxycarenus lavaterae noire et rouge, l' abdomen visible par transparence est aussi en partie rouge.

 
Voici donc deux Lygaeidae, Oxycarenus lavaterae et Oxycarenus hyalinipennis.

Commençons par la plus visible, ce sont ces taches de couleurs rouges qui ont attiré mon regard et je savais que je n’avais jamais vu cet insecte. Oxycarenus lavaterae mesure à peine 5mm.

Il porte bien son nom, "lavaterae",  lavatère, plante de la famille des Malvacées. Et c’est sur cette famille de plantes que l’on retrouve notre punaise. Cette punaise se nourrit des semences des fleurs de cette famille, cela explique que je l’ai trouvé sur les graines de mon arbuste.

Oxycarenus lavaterae, ses ailes rouges la distingue des autres Oxycarenus.

Oxycarenus lavaterae  se retrouve dans bien des régions européennes, en France, en Grande Bretagne, aux Pays Bas en grandes colonies sur des tilleuls en particulier pour passer l’hiver.Et au printemps, elle quitte son arbre pour des espèces herbacées de la même famille telles les mauves , les roses trémières…


Larve d'Oxycarenus lavaterae

Et voici une larve Oxycarenus lavatera, trouvée en inspectant des capsules de fruits de la mauve arbustive du jardin. On voit l'abdomen rouge que l'on retrouve chez l'adulte.
 
Larve Oxycarenus , probablement lavaterae, au tout premier stade , environ 2mm

En continuant à examiner les graines de la mauve arbustive, j'ai trouvé cette toute petite larve, c'est Oxycarenus au tout premier stade, on ne voit encore aucune ébauche alaire. L'insecte ne fait même pas 2 mm, mais alors quelle vivacité, il trotte de toute ses jambes et ne cesse de sortir du champ de mon objectif.
Nous avons ainsi quelques images de ces petites punaises.

La seconde espèce moins esthétique, noire légèrement poilue, est encore plus petite. Oxycarenus hyalinipennis mesure à peine 4mm pour les femelles, 3 mm pour les mâles. Mais elle est connue surtout comme la peste du coton ! Le coton fait partie de la grande famille des Malvacées. Et c’est en Inde, en Egypte, en Andalousie, aux Etats Unis  que cette punaise commet des dégâts sur les cultures cotonnières. Elle s’attaque aux semences une fois la capsule  du fruit ouvert. Hyalinipennis étant plus fréquente que lavaterae . Une recherche sur le web donne de nombreux documents étudiant son impact sur la culture cotonnière dans bien des régions du monde.



Oxycarenus hyalinipennis, aux ailes transparentes.

Ses antennes éclaircies aux jointures des articles,les pattes aux tibias et aux tarses avec des taches claires permettent de les reconnaître, les ailes hyalines leur donnant leur nom. La pilosité jaunâtre ressemble à celle des poils entourant la graine de mauve, en arrière plan sur la dernière photo. Remarquez aussi les 2 épines aux fémurs antérieurs. Les images grossies 3 fois permettent l’observation de ces détails.

Ces petits insectes ont depuis quelques années bien voyagé et se contentent chez nous de cultures florales telles que les mauves, ou les hibiscus par exemple. Ce sont des punaises issues des régions plus chaudes qui se sont depuis des années installées et adaptées plus au nord .



Oxycarenus hyalinipennis, grossie 3 fois , on voit les épines des fémurs antérieurs, ainsi que sa forte pilosité blonde.

Ne soyez pas étonnés si sur les troncs de tilleuls vous voyez un agrégat de ces petites punaises, elles y occasionnent peu de dégâts sur les arbres adultes.

Chez moi c’est la première fois que je les observe, sans doute sont- elles présentes depuis plus longtemps mais si petites et discrètes, elles passent bien inaperçues.
En décortiquant les capsules fruitières de ma mauve arbustive, j'ai trouvé une grande quantité d'Oxycarenus hyalinipennis adultes mais aucune larve. Leur présence représente 90 % des Oxycarenus que j'ai rencontré contre 10% de lavaterae.

lundi 21 octobre 2013

Charaxes jasius : les premières heures de vie.




Charaxes jasius (le Pacha à deux queues ou encore la Nymphale de l'arbousier) est un magnifique papillon que l’on peut rencontrer le long des côtes méditerranéennes tant en Europe qu’en Afrique.
Ses chenilles consomment essentiellement les feuilles de l’arbousier, Arbusto unedo.
Je regrettais souvent de n’en avoir jamais vus dans mon jardin malgré la présence d’arbousiers. Eh bien maintenant ce n’est plus le cas.

D’abord, j’ai vu l’adulte le 15 septembre. Il s’agit  alors de la seconde génération que l’on voit de la mi-août jusqu’à la mi-octobre.

Œuf de Charaxes jasius grossi 4 fois, il ferait une bonne pub pour une  petite bouteille ronde!


Mieux encore il y a une dizaine de jours j’ai vu sur l’arbousier du fond du jardin un œuf. Très caractéristique je l’ai tout de suite reconnu. Charaxes jasius m’avait laissé une trace de son passage dans le jardin. J’en ai été ravie !

Je l’ai prélevé et mis à l’abri. Il faut dire que les arbres sont très visités par les nombreux passereaux qui y viennent chercher leur nourriture.


Chenille nouvelle née, elle mange la coquille de son œuf, sa première nourriture.



Hier, donc au bout de la dixième journée, j’ai vu la jeune larve issue de cet œuf. L’éclosion s’était faite la nuit et au petit matin il ne restait que quelques morceaux de la coquille de l’œuf. C’est en effet la première nourriture de la toute jeune chenille.


Détail de la tête avec ses petites cornes , ses solides mandibules entourés de palpes sensitifs



Comme souvent cette chenille nouvelle née ne ressemble guère à ce qu’elle deviendra au bout d’une ou de plusieurs mues.

La tête toute sombre avec ses deux excroissances de chaque côté. Ses excroissances resteront présentes jusqu’au dernier stade de la chenille.



7 mm et des détails particuliers  : quatre excroissances sur la tête et un abdomen avec deux petites excroissances, légèrement recouverte de poils fins


Mais la chenille nouvelle née, 7mm, n’a pas encore cette belle couleur verte qui lui permet de se dissimuler sur les feuilles de sa plante hôte, feuilles qui restent vertes toute l’année.

Voici une chenille trouvée le même jour non loin de l’œuf. Bien plus « âgée » car elle  a déjà mué au moins 2 fois. La forme de la tête n’a pas changé sur son dos on voit un ocelle coloré.

Voici la seconde chenille , plus âgée, sa couleur est verte ses excroissances rouges et elle porte un ocelle sur le dos, signe qu'elle n'a pas encore atteint son dernier stade.


Lors de la dernière mue, comme sur la chenille du billet qui présente le papillon,(en début de message) on y verra 2 ocelles.

Ces détails donnent une idée du stade de développement de la chenille.

La  plus grande chenille,  est entrée en diapause. Collée sur une feuille d’arbousier elle est bien cachée et va attendre le printemps pour reprendre son développement.

Au second jour , les excroissances de la chenille de Charaxes jasius se sont bien rembrunies.


J’espère que le « bébé » chenille né hier, va se développer un peu avant de se mettre au repos pour passer l’hiver.
Déjà les excroissances au bout de l'abdomen  et sur la tête ont changé de couleur et cette après midi je l'ai vu grignoter ses premiers bouts de feuilles d'Arbusto unedo Ce sont ces chenilles qui nous permettront de voir la génération printanière, entre mai et juin de Charaxes jasius !

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Mardi 22 octobre

Un  petit ajout

 Comme tous les matins j'observe l'évolution de mes pensionnaires . La petite chenille, maintenant à l'aube de son troisième jour a pris une couleur plus proche de celle que nous avons l'habitude de voir et surtout qui la dissimule mieux sur les feuilles de l'arbousier.
Chenille de Pacha à deux queues à l'aube de son troisième jour, la couleur du corps évolue vers le vert du support.


C'est aussi l'occasion de détailler les deux excroissances situées à la fin de l'abdomen

Leur couleur s'oriente vers ce pourpre des pétioles des feuilles de l'arbousier



Pour rappel : la présentation de l'imago Charaxes jasius ici

mardi 15 octobre 2013

Graptostethus servus : un second exemplaire à l'aspect un peu différent


Un des caractères de cette punaise rare( décrite dans mon précédent message) est de présenter une grande variabilité dans les marques noires qui ornent pronotum et hémélytres. C’était ce que j’avais lu et l’exemplaire précédent était en effet différent de ceux que j’avais vus sur des photos présentant l’espèce.
Graptosthetus servus, punaise rare en France, une marque blanche à la limite des hémélytres.

Ce matin, j’ai pu constater moi-même cette variabilité. Dans mon jardin à 3 mètres de ma précédente observation j’ai rencontré un second exemplaire. Et j’ai bien fait de regarder de plus près qui se promenait dans ce grand circe  qui se dessèche tranquillement, c’est d’ailleurs un vrai HLM à punaises !
C'est cela qui motive la publication de deux articles successifs sur cet insecte.
Graptosthetus servus, pattes antennes et rostres noirs

Comment l’ai-je  reconnu : en premier lieu en regardant le pronotum, les marques noires n’atteignent pas son bord postérieur qui est rouge, tout comme sa partie supérieure. Ensuite sa taille autour du cm donne une bonne indication. Ensuite le scutellum tout noir correspond aussi à Graptostethus servus.

Eh bien ensuite la photo permet de voir cette abondante pilosité blanche. D’ailleurs on observe des poils bien plus longs sur les bords du pronotum.
La pilosité blanche et les poils plus longs au bord du pronotum

Un autre détail, la tache blanche à l’intersection des hémélytres et de la membrane est aussi décrite dans la littérature anglophone. Celle-ci est bien visible sur cet exemplaire alors qu’elle l’était moins sur le modèle précédent( voir la première photo).

Comme beaucoup d’insectes quand on les manipule, ils font ensuite leur toilette ce qui donne quelques images amusantes, comme ce nettoyage du dos avec les pattes.
Graptosthetus servus,une toilette soignée!

 Pour une punaise rare et variable, j’ai eu de la chance de trouver ces deux exemplaires bien différents dans un petit coin de mon jardin, c’est une excellente surprise !

Côte à côte par un petit montage voici mes deux punaises Graptostethus servus!
 

dimanche 13 octobre 2013

Graptostethus servus, une punaise rare en France.


La série des insectes rouges et noirs continue ! C’est parfois ainsi que les découvertes s’enchainent. J’observais un carré de framboisiers remontants dont la floraison est bien en retard et j’ai vu une punaise rouge et noire sur une feuille. Des punaises rouges et noires il y  en a beaucoup et certaines sont bien représentées dans le jardin. Je n’ai jamais vu autant de Pyrrhocoris apterus que cette année, mais avec leurs gros points noirs ils sont vite identifiés.
Celle-ci a retenu mon attention à cause des points ronds noirs qui décoraient la partie inférieure de son scutellum. Ce n’était absolument pas commun. Je l’ai photographié dans le jardin et comme elle était très coopérative, c’est dire qu’elle ne s’est ni cachée ni envolée, nous avons continué la séance en studio !



Graptostethus servus,  une punaise rare en  France.

Quand j’ai cherché à l’identifier, je n’ai rien trouvé qui lui ressemblait !  J’ai heureusement vite trouvé une réponse grâce à l’excellent forum insecte.org.

Ma punaise est une vraie méditerranéenne que l ‘on rencontre depuis peu chez nous.  Elle est bien plus répandue en Afrique, en   Australie et en Amérique. En Europe elle a été photographiée en Italie, en Espagne au Portugal, en Grèce..en fait sur le pourtour méditerranéen. Chez nous elle est donnée comme rare. C’est une vraie chance de l’avoir trouvée dans le jardin, depuis je continue à chercher mais je n’en ai pas trouvé d’autre !  



Graptostethus servus,  une punaise rouge et noire .

Voici Graptostethus servus, qui appartient à la famille des  Lygaeidae. Un de ses caractères marquants est son corps poilu, une fine pilosité blanche, entrecoupée de poils plus longs sur les bords du pronotum ou sur la tête.



Graptostethus servus,  vue grossie de la tête, avec une belle pilosité blanche.

La tête est rouge marquée de noir ou entièrement noire. Un des autres caractères de cet insecte est la variabilité importante des dessins qui l’ornent. Mais le bord postérieur du pronotum est toujours rouge, le scutellum noir. Antennes et pattes sont noires.




Graptostethus servus les détails à observer en plus de la pilosité.

Le dessin  noir sur les hémélytres quant à lui varie beaucoup. Sur mon exemplaire il est peu important mais ici il l'est plus.

Le dessous de son corps présente aussi une alternance de couleur rouge et noire ainsi que des zones marquées de grosse ponctuation et d’autres lisses.



Graptostethus servus,  un dessous aussi rouge et noir avec des zones moins poilues qui apparaissent plus sombres.

Graptostethus servus mesure autour de 9mm.et c’est une espèce automnale. Il s’agit de bien regarder lorsque vous verrez une punaise rouge et noire de forme allongée et poilue, cela se voit bien !Nous aurons ainsi une idée plus précise de sa présence chez nous. Bonnes observations !

mercredi 9 octobre 2013

Scaphidium quadrimaculatum


 

 

Encore un insecte en rouge et noir !
Scaphidium quadrimaculatum se promenant sur une feuille de sauge ananas.

Je l’ai rencontré hier en observant diverses fleurs et plantes et sur un pied de sauge ananas (Salvia elegans)qui commence à fleurir, je l’ai vu. Avec ses couleurs nettes et brillantes Scaphidium quadrimaculatum se remarque.

Oh, il n’est pas bien grand entre 5 et 6mm ! C’est sa forme qui m’a intriguée, ses élytres courts ne couvrent pas l’abdomen et on voit l’insecte se terminer en pointe, le corps est lisse et brillant.
Toujours en mouvement l'insecte cherche à se cacher sous l'écorce.

J’ai  eu du mal à trouver son identification et c’est en passant en revue bien des ordres de coléoptères que j’ai même épluché celui des Staphylinidae.

 

Outre son aspect pointu, Scaphidium quadrimaculatum, présente deux taches rouge vif sur chaque élytre et on arrive donc à quadrimaculatum(4 taches !!).

Scaphidium quadrimaculatum aux tibias postérieurs légèrement arqués.

Ayant découvert son nom j’ai cherché à mieux le connaître et surprise c’est un mangeur de champignons sur les vieux bois, en particulier de conifères. Je suppose que l’insecte se promenait sur la sauge ananas, peut-être pour profiter du soleil après deux jours d’averses.

Quand je lui ai présenté un vieux bout de bois, il n’a eu qu’une idée se cacher sous l’écorce, pour faire des photos, ce n’est pas la bonne idée. J’ai dû beaucoup insister pour le ramener chaque fois sur l’écorce pour que nous puissions admirer les délicates ponctuations de son pronotum et de ses élytres.
Une guirlande de points bien marqués sur le pronotum et soulignant le contour des élytres.

La base du pronotum est soulignée d’une ligne ondulante de gros points. On retrouve cette « décoration » le long de la suture des élytres alors que ceux –ci sont plus finement ponctués. Tout le reste de l’insecte est d’un noir brillant.
La tête bien petite porte de gros noirs, le pronotum est  finement ourlé .

On observe les tibias postérieurs légèrement arqués(photos 1 et 3), les antennes se terminent par les derniers articles dilatés.

On le voit peu, sa vie se passant sur le bois en train de pourrir et couvert de champignons. On le rencontre partout en France et en Europe.