samedi 30 novembre 2013

Promenade sur la grande astrance


1600m, au pied de la remontée mécanique d’une toute petite station de ski familiale à la limite du département des Alpes maritimes. Une pente dégagée et bien fleurie en ce début du mois d’août. Je découvre avec bonheur des parterres de la grande astrance, pour moi une des fleurs les plus élégantes.

Les promeneurs sur la grande astrance sont nombreux. Ses fleurs munies de nombreuses étamines porteuses de pollen et de nectar régalent une foule de visiteurs bien différents.

Je commencerais par la légèreté et la grâce des papillons.


Erebia ligea, femelle
Erebia ligea femelle, le Moiré blanc fascié, une montagnarde. Elle aime les clairières et les lisières, des lieux ombragés et herbus.
Erebia ligea,  et  grande astrance
 La bordure blanche et sombre sur les bords extérieurs de l'ail est une des caractéristiques de ce Moiré bien répandu en altitude.

Melitaea diamina

La Mélitée noirâtre, Melitaea diamina, un peu usée, en montagne elle vole de mai à juillet et nous sommes début août.

Melitaea diamina, au repos
Crocota tinctaria, l’ orangé des alpages, mâle



Crocota tinctaria, l’ orangé des alpages, un mâle avec ses belles antennes pectinées, puis une femelle plus discrète.

Crocota tinctaria, l’ orangé des alpages, le mâle aux belles antennes.



Crocota tinctaria, l’ orangé des alpages, la femelle

Voici maintenant deux beautés réunies: la Zygène transalpine, Zygaena transalpina

Zygaena transalpina

 Une grande Zygène, la pointe blanche des antennes effilées est un des critères aidant à la détermination.
Les 6 taches sont entourées de quelques écaillures sombres. Pour vous aider à identifier les Zygènes, une intéressante clé interactive ici

Une fleur qui offre une belle nourriture aux papillons
Le contraste entre la fleur et ce papillon aux couleurs bien tranchées me plaît !

Cette partie de la promenade consacrée aux papillons s’achève.Pour tout savoir sur la grande astrance, cette jolie fleur aux nombreux visiteurs c'est ici
Une seconde partie suivra et nous y verrons quelques gros balourds qui font osciller ces fleurs délicates !

mardi 26 novembre 2013

Le petit Jason a grandi de 20% en seulement 3 heures !


Sous ce titre un peu sensationnel se cache une réalité, la mue de la petite chenille de Charaxes jasius.

Née le 20 octobre, la chenille avait tranquillement mangé ses feuilles d’arbousier, et atteint la taille de 10mm..
 Nous sommes  maintenant le 25 novembre.

14 heures

" Cela fait 3 jours que je ne mange plus. Je me prépare. On voit bien déjà ma nouvelle tête!


Je suis fixée fermement sur ma feuille grâce à de  solides fils de soie que j'ai tissés. Les feuilles penchent accrochées aux arbres, le vent nous secoue, il faut éviter de tomber au sol.

17 heures


Hop j’ai déjà enlevé le manteau qui couvrait mon corps, la vieille peau est abandonnée (provisoirement) .Je mesure maintenant 12 mm. En 3 heures j'ai pris 20%,  qui peut en faire autant! Mais  ma capsule céphalique est encore  un peu collée.


Me voilà maintenant avec 2 têtes !!



Demi tour et j’ai faim. Je mange ma vieille peau, c’est bourré de protéines et bien plus nourrissant que les feuilles  d’arbousiers.
Ma vieille tête se détachera bien toute seule "
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26 novembre 13 heures!
Pour Nathalie , voici mon portrait officiel de chenille Charaxes jasius au stade 2
Eh oui, il faut vider son assiette, et ne pas laisser de restes!

mardi 19 novembre 2013

Brachycerus muricatus, le roi de la catalepsie!


Je vous présente Brachycerus muricatus, comme annoncé dans le titre, le roi de la catalepsie. C’est en effet une façon peu habituelle de présenter un insecte. Mais c’est celle que préfère ce petit coléo de la grande famille des charançons et plus précisément de celle des Brachyceridae.
Il mesure 9 mm.
Brachycerus muricatus dans sa position favorite.

En effet, cet insecte est capable de faire le mort très longtemps, bien plus longtemps que ses collègues charançons ou autres insectes qui utilisent ce procédé pour passer inaperçu aux yeux d’éventuels prédateurs !

L’ayant remarqué sur une clôture , je l’ai détaché sans peine de son support et là j’étais bien désolée de le voir inerte, quasi mort. Je me disais qu’il avait été mourir là, desséché par le soleil d’automne encore bien vif !
Brachycerus muricatus  de dos, des creux et des bosses partout!


J’ai continué mon tour de jardin en le gardant dans la main et ensuite, un peu déçue de le savoir mort je l’ai mis dans une boite en me disant que je l’observerai quand même, n’ayant jamais rencontré un insecte aussi cabossé ! Je suis retournée le voir une bonne demie heure plus tard il était toujours couché les 4 fers (non les 6 pour lui ) en l’air. Rien ne pressait pour les observations. Ce n’est que bien plus tard que j’ai été surprise de le voir trotter dans sa boite, je n’en revenais pas. Mais mes lectures confirment bien cette aptitude ! A  part savoir faire le mort très longtemps qui est donc Brachycerus muricatus ?
Brachycerus muricatus de face, du relief recouvert de terre


C’est un mangeur d’ail, pour faire simple. En fait c’est sa larve surtout qui peut s’en prendre aux gousses d’ail dans le sol ! Je ne cultive pas d’ail mais des alliacées, j’ai de la ciboulette, de l’ail à couper et sans doute est- il aussi intéressé par l’ail rose (Allium roseum) qui pousse dans mon jardin là où il veut.

Il existe 6 Brachycerus en France, muricatus se reconnaît aux détails suivants :
Brachycerus muricatus , le bord antérieur du pronotum sinué et lobé.


1.      Le rebord oculaire (vu de profil) non dilaté au sommet, ne dépassant pas ou ne dépassant qu'à peine, à sa partie supérieure, la courbe du vertex. Prothorax lobé au milieu de son bord antérieur et sinué de chaque côté du lobe  (bien visible sur la photo de la tête)
Brachycerus muricatus , le rebord des yeux peu dilatés (alors que  Brachycerus undatus les as très dilatés)
 

2.      Elytres à marges suturales flanquées, dès la base, de petites plaques, de tubercules, ou d'expansions obliques, opposées deux à deux ou alternant
 
Brachycerus muricatus  mise en évidence de la ligne de tubercules bordant la suture des élytres.
 

3.      Sa taille entre 7 et 12mm

Muricatus est aussi une espèce plus méridionale, connue anciennement sous le nom d’algirus.
Brachycerus muricatus prenant tranquillement la pose que je lui impose!
 

Les travaux de jardin sont parfois dérangeants pour ces petits insectes qui vivent dans le sol, c’est aussi pour nous l’occasion de les observer. Celui est couvert de terre bien collée qui empêche de voir tous les détails de son corps aux reliefs surprenants !

mercredi 13 novembre 2013

Bruchus rufipes, coléoptère aux yeux bien échancrés!


Je suis toujours étonnée de trouver de nouveaux insectes dans mon jardin .Ils ne sont jamais en nombre, mais chaque découverte est une surprise et entraîne des recherches pour les identifier et comprendre la raison de leur présence.

Bruchus rufipes , adulte se nourrissant de pollen

Ce petit coléoptère, moins de 4 mm, se promenait sur une fleur de laiteron. La minuscule tache sombre sur une fleur jaune cela se voit.
Sa forme trapue, les élytres qui ne couvrent pas tout l’abdomen orientent petit à petit vers la famille des bruches. C'est Bruchus rufipes qui se promène ainsi au mois de novembre dans le jardin.
Bruchus rufipes, la base des antennes est rousse, ainsi que les 2 paires de pattes antérieures.

Ce qui aura retenu mon attention et mon étonnement c’est la forme des yeux de ce Bruchidé.

Ces gros yeux sont très échancrés, ils  permettent le mouvement et le « rangement »  des antennes.

Il existe certes, d’autres insectes avec des yeux de forme allongée ou échancrée mais c’est la première fois que je vois cette longue échancrure  occupée par des cils importants. En retournant voir les images Bruchidius siliquastri, je vois aussi cette échancrure moins bien mise en valeur.

Grossis 3 fois, on voit les yeux échancrés pour loger la base des antennes.
 

Comme c’était un détail qui m’avait étonné, j’ai cherché au cours des séances photos à mieux le  voir et essayer de le mettre en évidence.

En fait ce n’est absolument pas cela qui m’aura aidé à identifier Bruchus rufipes mais un site allemand qui décrit avec précision ma bestiole..

D’abord les couleurs. Ici nous avons la base des antennes, les pattes avant et médianes rousses. Cela élimine bien des espèces.
Bruchus rufipes au pronotum très particulier

Ensuite la forme du pronotum, elle est vraiment particulière, dans cette famille on trouve une dent sur les côtés de celui-ci, sa place et sa forme sont importante. Ici nous avons au milieu du pronotum une dent très émoussée. Ensuite la base de celui-ci présente aussi un "décroché" dans sa zone médiane.

A partir de là nous en sommes à Bruchus rufipes. Reste à vérifier quelques petits détails. Sur les élytres, l’auteur de la clé mentionne des taches blanches disposées de la même manière que sur une espèce voisine luteicornis. Une tache blanche à la base du minuscule scutellum et 2 taches de part et d’autres sur les élytres vers la troisième interstrie.Mais la taille est différente, luteicornis est beaucoup plus petit: 1,5à 2,8mm.

Bruchus rufipes détail de la tête avec ses yeux si échancrés.(Remarquez le grain de pollen sur l'épaule droite, permis par le grossissement de 4 fois)

Les bruches sont considérées comme des pestes car leurs larves se nourrissent de graines de légumineuses (pois, féves, haricots…) et de ce fait sont dommageables aux récoltes.

Cette espèce vit sur les  vesces. L’adulte comme le montre les photos se nourrit de pollen des fleurs et pond soit sur les gousses soit directement sur la graine. Les larves, elles, se nourrissent des graines et gâchent ainsi la récolte. Chaque espèce est spécialisée dans une plante, il y environ 31 espèces en Europe..

Faute de vesce, il faut se contenter de laiteron ou de pissenlit!

Celui-ci a apparemment quitté son abri trop tôt, il doit se contenter de pissenlits,  les vesces sont loin de fleurir même dans les régions méridionales !

Pour en savoir plus sur ces petites pestes: c'est ici.

 

 

 

mercredi 6 novembre 2013

Lithosia quadra, papillon, oeufs et jeune chenille.


 

 

Mâle et femelle de Lithosia quadra ont une livrée différente. L’exemplaire présenté est une femelle reconnaissable à ses deux gros points noirs présents sur chacune des ailes antérieures. Le mâle ne les a pas mais présente un assombrissement sur le côté de cette aile.


 Lithosia quadra, jaune pâle avec des 2 taches noires, rondes sur les ailes antérieures.
Les ailes postérieures sont jaune pâle chez les deux sexes. .

C’est un papillon que j’ai trouvé un soir accroché à une touffe de trèfle. Je l’ai mis à l’abri en attendant de faire les photos le lendemain.


Lithosia quadra,la trompe du papillon
 

L’ayant trouvé à proximité du trèfle, c’est ce support que je lui ai proposé. Ce n’est qu’après avoir fait mes recherches que j’ai compris que ce n’était qu’accidentel. Ce papillon vit en réalité dans les lieux boisés.

En regardant le fond de ma boîte, j’ai eu une belle surprise ! Il y avait de toutes petites billes vertes au fond. Petites comme de tout petit grains de sable, mais verts et bien ronds.


Lithosia quadra,papillon et sa ponte
Le papillon que j’avais recueilli était une femelle qui avait pondu au cours de la nuit.

Comme beaucoup de papillons après la ponte, la durée de vie est limitée et ce fut le cas de ma Lithosia quadra.


Lithosia quadra,détail de l'aile avec de petites écailles

7 jours plus tard……La suite !

Ayant gardé les billes au fond de la boîte j’ai eu la surprise de les voir changer de couleur d’abord. Moins verts,  les œufs laissaient apercevoir une zone sombre. En photographiant les œufs j’ai pu apercevoir la tête de la chenille (la partie sombre) et les traits marron qui sont les petits poils qui ornent leur corps à l’éclosion.


Lithosia quadra, oeuf à maturité, on voit la tête brune

Dans la journée j’ai aperçu des toutes petites chenilles. Le corps est transparent et porte ces poils que l’on voyait par transparence dans l’œuf.


Lithosia quadra, oeufs à maturité et une jeune chenille.
En me documentant, j‘ai trouvé que les chenilles se nourrissaient de lichens (ce qui explique la présence en forêt des papillons). J’ai mis à disposition des chenilles des bouts de bois recouverts de lichens mais hélas cela ne devait pas être les bons.


Lithosia quadra, jeune chenille à peine née
Pour voir l’aspect de la chenille adulte , c’est ici.
Voici un article que j’avais écrit montrant une de ces chenilles adultes consommée par une sauterelle.

 

vendredi 1 novembre 2013

Oxycarenus lavaterae et Oxycarenus hyalinipennis


L’automne est arrivé et certains insectes cherchent des refuges pour passer l’hiver. C’est le cas des punaises qui se rassemblent et cherchent des abris. Certaines cherchant même parfois à rentrer dans les habitations.

J’ai dans un petit coin du jardin une mauve arbustive dont je ne sais pas le nom, mais qui nous fait de très belles fleurs pendant toute la saison. Actuellement sur les fruits et les fleurs encore en boutons je vois bien des punaises, en particulier les fameux gendarmes. De temps en temps j’inspecte ces cohortes dans le but d’y voir les intrus. C’est ainsi qu’hier j’y ai vu des petits insectes aux ailes transparentes.

Après examen il s’est avéré qu’il y avait là deux espèces de punaises. Très petites, les unes noires , et l’autre avec un abdomen rouge et des ailes partiellement rouges.
Oxycarenus lavaterae noire et rouge, l' abdomen visible par transparence est aussi en partie rouge.

 
Voici donc deux Lygaeidae, Oxycarenus lavaterae et Oxycarenus hyalinipennis.

Commençons par la plus visible, ce sont ces taches de couleurs rouges qui ont attiré mon regard et je savais que je n’avais jamais vu cet insecte. Oxycarenus lavaterae mesure à peine 5mm.

Il porte bien son nom, "lavaterae",  lavatère, plante de la famille des Malvacées. Et c’est sur cette famille de plantes que l’on retrouve notre punaise. Cette punaise se nourrit des semences des fleurs de cette famille, cela explique que je l’ai trouvé sur les graines de mon arbuste.

Oxycarenus lavaterae, ses ailes rouges la distingue des autres Oxycarenus.

Oxycarenus lavaterae  se retrouve dans bien des régions européennes, en France, en Grande Bretagne, aux Pays Bas en grandes colonies sur des tilleuls en particulier pour passer l’hiver.Et au printemps, elle quitte son arbre pour des espèces herbacées de la même famille telles les mauves , les roses trémières…


Larve d'Oxycarenus lavaterae

Et voici une larve Oxycarenus lavatera, trouvée en inspectant des capsules de fruits de la mauve arbustive du jardin. On voit l'abdomen rouge que l'on retrouve chez l'adulte.
 
Larve Oxycarenus , probablement lavaterae, au tout premier stade , environ 2mm

En continuant à examiner les graines de la mauve arbustive, j'ai trouvé cette toute petite larve, c'est Oxycarenus au tout premier stade, on ne voit encore aucune ébauche alaire. L'insecte ne fait même pas 2 mm, mais alors quelle vivacité, il trotte de toute ses jambes et ne cesse de sortir du champ de mon objectif.
Nous avons ainsi quelques images de ces petites punaises.

La seconde espèce moins esthétique, noire légèrement poilue, est encore plus petite. Oxycarenus hyalinipennis mesure à peine 4mm pour les femelles, 3 mm pour les mâles. Mais elle est connue surtout comme la peste du coton ! Le coton fait partie de la grande famille des Malvacées. Et c’est en Inde, en Egypte, en Andalousie, aux Etats Unis  que cette punaise commet des dégâts sur les cultures cotonnières. Elle s’attaque aux semences une fois la capsule  du fruit ouvert. Hyalinipennis étant plus fréquente que lavaterae . Une recherche sur le web donne de nombreux documents étudiant son impact sur la culture cotonnière dans bien des régions du monde.



Oxycarenus hyalinipennis, aux ailes transparentes.

Ses antennes éclaircies aux jointures des articles,les pattes aux tibias et aux tarses avec des taches claires permettent de les reconnaître, les ailes hyalines leur donnant leur nom. La pilosité jaunâtre ressemble à celle des poils entourant la graine de mauve, en arrière plan sur la dernière photo. Remarquez aussi les 2 épines aux fémurs antérieurs. Les images grossies 3 fois permettent l’observation de ces détails.

Ces petits insectes ont depuis quelques années bien voyagé et se contentent chez nous de cultures florales telles que les mauves, ou les hibiscus par exemple. Ce sont des punaises issues des régions plus chaudes qui se sont depuis des années installées et adaptées plus au nord .



Oxycarenus hyalinipennis, grossie 3 fois , on voit les épines des fémurs antérieurs, ainsi que sa forte pilosité blonde.

Ne soyez pas étonnés si sur les troncs de tilleuls vous voyez un agrégat de ces petites punaises, elles y occasionnent peu de dégâts sur les arbres adultes.

Chez moi c’est la première fois que je les observe, sans doute sont- elles présentes depuis plus longtemps mais si petites et discrètes, elles passent bien inaperçues.
En décortiquant les capsules fruitières de ma mauve arbustive, j'ai trouvé une grande quantité d'Oxycarenus hyalinipennis adultes mais aucune larve. Leur présence représente 90 % des Oxycarenus que j'ai rencontré contre 10% de lavaterae.